...Forum de jeux d'aventures de figurines miniatures, en Bretagne... et ailleurs aussi !

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

An Argader » Époques » XVIe et début XVIIe » [Les Portugais en Inde 1500] Contexte historique

[Les Portugais en Inde 1500] Contexte historique

Aller à la page : 1, 2  Suivant

Aller en bas  Message [Page 1 sur 2]

Byblos


Salut à tous !

Un "petit" rappel du contexte historique de l'un de mes principaux projets 28mm Wink

Notez que je n'entre pas dans les détails, je vous donnerez par contre une bibliographie indicative à la fin du texte.

Pour l'instant, c'est le contexte historique, ensuite j'ajouterai un texte expliquant comment j'ai travaillé sur la transposition de cette épopée à la fois cruelle et fascinante sur une table de jeu ...

Bonne lecture !

Allons y ...


Mais pourquoi donc les Portugais s’évertuent-ils à se rendre en Inde !?
En 1500, la Reconquista est définitivement terminée : le Royaume de Grenade est tombé aux mains de la Monarchie Espagnole (Castille & Aragon). Le Royaume de Portugal est « coincé » tout à l’Ouest de l’Europe, il ne peut s’étendre vers l’Est son voisin espagnol est bien trop puissant. Il est peu peuplé (1 million d’habitants) et ne peut se permettre d’engager d’importants effectifs dans une quelconque entreprise. Mais sa noblesse est turbulente, veut briller par les armes. En Méditerranée, les marchands Italiens dominent et les marchands Portugais veulent ouvrir de nouveaux marchés. Et enfin, l’Italien Christophe Colomb a découvert en 1492 un nouveau continent, que l’on appellera Amérique, pour le compte de la Monarchie Espagnole ! Galère !
2 voies vont se présenter aux Portugais : le prolongement de la Reconquista au Maghreb , plus précisément au Maroc , où la noblesse pourra exercer son métier des armes et ramener du butin , et l’exploration des îles de l’Atlantique et des côtes de l’Afrique , avec l’espoir de razzier des esclaves , de trouver quelques îles à coloniser et exploiter , et pourquoi pas sur le continent africain trouver de l’or et autres matières précieuses comme l’ivoire …
Sous l’impulsion notable du Prince Henri le Navigateur, les explorations sont lancées : les iles de Madère (1419) puis des Açores (1427-52) sont découvertes, explorées, colonisées, exploitées (Céréales et sucre): elles serviront de relais pour les futurs explorations … Sur la côte Africaine le Cap Bojador est atteint en 1434.
L’utilisation de Caravelles, plus petites que les caraques et ce faisant ayant un tirant d’eau plus faible facilitant l’exploration côtière, et grâce à leur gréement comportant des voiles latines, pouvant remonter le vent, permet aux marins portugais de s’enhardir !
En 1444 le Cap Vert est atteint. En 1460 à la mort d’Henri le Navigateur, les Portugais ont atteint le Golfe de Guinée. En 1488, une étape décisive est franchie : Bartolomeu Dias double la pointe Sud de l’Afrique : il entre dans l’Océan Indien !
Les explorations cessent alors … pour un temps du moins .Il faut savoir qu’il existe à la cour du Portugal, et existera toujours, 2 partis opposés : l’un déplorera les dépenses occasionnées par ces expéditions maritimes et leurs bénéfices par trop hasardeux, et l’autre poussera dans le sens de l’expansion maritime.
Mais en 1495, Manuel 1er monte sur le trône, après la mort ou l’éviction de plusieurs héritiers légitimes. Très pieux, il considère que son élévation au trône est un signe de Dieu, et va teinter sa politique de messianisme : il va reprendre les explorations dans le but affiché de rejoindre les Indes, pour empêcher la grande puissance musulmane d’alors – le Sultanat Mamelouk – de tirer bénéfice du commerce des épices (et reprendre celui-ci à son compte) , mais aussi dans l’espoir de faire alliance avec les Chrétiens d’Orient (Dont le mythique Prêtre Jean d’Ethiopie) pour prendre à revers les royaumes musulmans et reconquérir la Terre Sainte.
Le 8 Juillet 1497, Vasco de Gama avec 4 navires et 200 hommes quitte le Portugal. Effectuant une large « volte » au large des côtes Sud de l’Afrique pour éviter les vents contraires, il double le Cap des Tempêtes le 22 Novembre 1497, embarque de grés ou de force des pilotes indiens ou musulmans rencontrés (ils connaissent les courants et le régime si particulier des moussons de l’Océan Indien) dans les petits royaumes du Sud-Est de l’Afrique, et arrive en Inde le 21 Mai 1498. Il séjournera à Calicut, sur les côtes de Malabar.
Les côtes du Malabar et le Kerala
Il est important que je vous explique ce en quoi la région de l’Inde où débarque Vasco de Gama est si particulière…


D’abord, on ne navigue pas depuis le Sud-Est del’Afrique jusqu’à l’Inde aussi facilement que cela : l’Océan Indien est soumis à un régime climatique très particulier appelé la Mousson. Durant l’Hiver, les vents soufflent de l’Inde vers l’Afrique, et au mois de Juillet, et ce pour environ 3/4 mois, ils s’inversent et soufflent de l’Afrique vers l’Inde : c’est durant ces quelques mois que des navires peuvent passer des côtes de l’Afrique (ou de la Péninsule Arabique) vers l’Inde. Il ne faut pas rater cette période de vents favorables, car alors l’on doit hiverner sur les côtes de l’Afrique de l’Est.
La mousson a aussi des conséquences locales pour le trafic maritime : les vents sont tellement violents que même le cabotage de port à port devient impossible !
Enfin, ce sont les vents de la mousson qui décident sur quelles côtes vous allez arriver : si vous venez de la Péninsule Arabique vous débarquerez au Nord, dans le Gujarat. Si vous venez d’Afrique, Vous arriverez dans les eaux des Côtes de Malabar et vous débarquerez dans le Kerala, les côtes Sud-Ouest de l’Inde et la première terre que vous apercevrez au loin sera généralement le Mont Eli.


(Le Mont Eli)
Ce régime météorologique, ainsi que la géographie très particulière du Kerala, ont fait de cette région de l’Inde, un véritable isolat. En effet, le Kerala est coupé de l’intérieur du sous-continent Indien par une chaine de montagnes appelées les Ghâts. Les plus hauts sommets dépassent certes rarement  2000m, mais les hauteurs sont couvertes de jungles et de forêts inextricables, les cols sont rares et facilement défendables, barrant le passage des armées dans un sens ou dans l’autre.


(Les Ghâts)
De ces montagnes descendent de nombreuses rivières, les côtes sont découpées et irriguées par ces cours d’eau. Le climat est chaud, humide.
Le Kerala  n’est pas propice à la guerre, aucun empire n’a pu s’y développer, seulement de petits royaumes guerroyant parfois sur leurs franges, mais vivant essentiellement des productions locales et du commerce, loin des tumultes du sous-continent.


« Des Chrétiens et des épices » , mais surtout du poivre et des musulmans en fin de compte
L’un des premiers hommes débarqués des navires de Vasco de Gama, auteur anonyme d’une relation de ce premier voyage aux Indes, rencontre à Calicut 2 Maures de Tunis. Stupéfaits de rencontrer un Portugais, ils s’écrient « Que le Diable t’emporte ! Que fais-tu ici !? » et lui de répondre « Nous venons chercher des Chrétiens et des épices ».
Des Chrétiens !? Les Portugais n’en trouveront pas ! Du moins pas de grands royaumes chrétiens, mais seulement de petites communautés disposant de peu d’influence ou de pouvoirs. Des épices oui ils en trouveront, mais pas tant que cela car la source des épices sont en fait les Indes Orientales, notamment les fameuses îles Moluques, et l’Inde, bien que produisant ses propres richesses, est un (complexe et non simple) relais sur la route des épices …
Par contre, et c’est une très mauvaise surprise pour les Portugais, ils vont rencontrer des communautés musulmanes importantes et influentes : comment ce fais ce !?
Hé bien en fait c’est une autre particularité non pas tant du Kerala en particulier que des particularités religieuses et sociales de l’Inde Hindouiste. La société Hindoue est divisée en castes. Cette division est rigide : les castes inférieures ne peuvent côtoyer les castes supérieures. De plus l’Hindouisme considère que certaines activités rendent l’homme « impur » … notamment le fait de … voyager par mer ! Les Indiens Hindouistes ne peuvent donc développer le commerce maritime !!! Ce sont les Musulmans qui ont donc pris le contrôle, au fil des siècles, du commerce maritime ! Ajoutons que pour les femmes des castes inférieures, le seul moyen d’échapper à leur condition est … d’épouser un étranger ! Les Indiennes des castes inférieures vont alors épouser des marchands, marins et soldats musulmans, et leur descendance formeront une communauté musulmane influente appelée les Mappillas. Les Portugais apprendront d’ailleurs à distinguer les « Mouros da Meca » (Maures de la Mecque, c'est-à-dire de la péninsule Arabique) des « Mouros da India » (Maures de l’Inde, c'est-à-dire ces fameux Mapillas).
Le tumulte de l’intérieur
Je vous ai expliqué que le Kerala vivait à l’écart de l’intérieur des terres, et justement qu’est que ce tumulte de l’intérieur !?
L’opposition principale se développe entre les Musulmans et les Hindouistes.
Tout le Sud de l’Inde est aux mains du seul grand pouvoir hindouiste de l’Inde à cette époque : l’Empire du Vijayanagar. Au centre, 5 sultanats musulmans se partagent le pouvoir, dont le Bijapûr qui possède la cité de Goa (dont nous reparlerons). Au Nord, un grand royaume musulman, le sultanat de Delhi, dominera jusqu’en 1526 (année de l’arrivée des Moghols de Babur) aux côtés des sultanats de Gujarat et du Bengale.
Les sultanats du Deccan sont en guerre perpétuelle contre le Vijayanagar, et cela a une grande importance pour les petits royaumes Hindouistes du Kerala et pour les Portugais !
D’abord les petits royaumes Hindouistes du Kerala ne seront jamais conquis ou vassalisés par le Vijayanagar, trop occupé contre le Deccan. Ils se montreront toujours déférents envers leur puissant voisin. Ensuite pour faire la guerre contre les musulmans du Deccan, le Vijayanagar a besoin d’une cavalerie, hors le climat Indien a des effets négatifs sur les chevaux : les maladies ne guérissent pas, les blessures ne se soignent pas, et la reproduction est très difficile, aussi les petits états Hindouistes du Kerala serviront de relais commerciaux pour fournir des chevaux arabes au Vijayanagar (ce commerce fera la fortune d’une cité comme Cannanore). Goa sera le grand port des chevaux de Bijapur.
Des chevaux, des épices, du poivre …
Nous avons donc parlé des chevaux, mais rappelez vous les Portugais viennent aussi chercher des épices !
Ils en trouveront, mais pas tant que cela, car les épices se trouvent plus à l’est, aux Indes Orientales, l’Inde est un relais sur cette route des épices. C’est ce qui poussera par la suite Afonso de Albuquerque à la conquête de Malacca.
Par contre, sur les pentes des Ghâts poussent un excellent poivre, et le poivre est un condiment déjà fort apprécié en Europe. A Ceylan les Portugais achèteront de la cannelle, et à Cannanore du gingembre. Les premières cargaisons ramenées d’Inde par les Portugais consisteront essentiellement en poivre du Malabar, en gingembre, et le peu d’épices qu’ils auront réussi à acheter.
Vasco de Gama : celui qui montre le chemin
Cette première expédition de Vasco de Gama est en demi-teinte…
D’abord la présence et l’influence des communautés musulmanes est une mauvaise surprise, et ceux-ci n’ont pas l’intention de se laisser concurrencer par les Portugais sans réagir.
Ensuite, Vasco de Gama n’a pas pris la mesure de l’Inde et de sa civilisation : les cadeaux qu’il remet au Zamorin de Calicut seraient peu être acceptables par un Roi d’Afrique Noire, ici ils font pâle figure comparé à ceux des Musulmans de la Péninsule Arabique.
Et il n’a pas compris les coutumes et les mentalités locales : lorsqu’il lui est demandé une forte somme d’argent au moment de repartir, ce n’est pas pour le rançonner ou l’humilier, ce sont les coutumes locales ! Et lorsque qu’il emmène contre leur gré des Indiens pour les ramener au Portugal, il commet un double sacrilège, car ces Indiens ne peuvent se nourrir en mer de par leur religion , et ils vont se souiller sans pouvoir se livrer à leurs rites de purifications qu’ils doivent régulièrement accomplir à terre ! Cela ne sera pas pardonné aux Portugais avant longtemps. La méfiance s’est installée.
Mais la route est ouverte, et la cargaison de poivre, gingembre et d’un peu d’épices rapportera de gros bénéfices !
Chaque année désormais, une flotte Portugaise se rendra en Inde : ce seront les Armadas Da India …



Dernière édition par Byblos le Sam 17 Nov 2018 - 19:08, édité 1 fois

Byblos


La Seconde Armada : Cabral, de Charybde en Scylla
Sitôt rentré l’expédition de Vasco Da Gama, une seconde armada est lancée, qui compte cette fois ci pas moins de 12 navires et 1500 hommes, commandés par Pedro Alvarez Cabral.
En effectuant sa volte au large de l’Afrique pour doubler la pointe du continent … il découvre le Brésil !
En Septembre 1500, l’Armada arrive à Calicut. C’est un jeune Samorin récemment élevé au trône (le précédent est décédé) qui accueille les Portugais, et un traité de commerce est signé : les Portugais installent une factorerie (comptoir commercial) à Calicut et illico commencent à acheter poivre et épices et à charger leurs navires…
Mais la situation va dégénérer …
Car les Mapillas et les marchands arabes voient d’un très mauvais œil ces Portugais désormais devenus de réels concurrents commerciaux : grâce à leur influence, ils parviennent à dissuader les intermédiaires de vendre leur marchandises aux Portugais, et ceux-ci peinent à remplir leurs cales.
Cabral s’en plaint auprès du Samorin, le priant d’intervenir en sa faveur, mais le Samorin refuse et Cabral croit que celui-ci est de mèche avec les marchands Musulmans. Mais encore une fois la méconnaissance des us et coutume Indiennes induisent les Portugais en erreur : les souverains Indiens ont coutume de ne pas se mêler des affaires commerciales, et de ne favoriser aucun parti !
Furieux Cabral fait saisir un navire marchand arabe, les marchands Musulmans réagissent en provoquant une émeute et la factorerie Portugaise est détruite, plusieurs dizaines de Portugais étant tués.
Le Samorin, impuissant ou dépassé par les évènements, ne réagit pas : Cabral fait saisir les navires marchands Musulmans, confisquer leurs cargaisons, exécuter les équipages, et incendier les navires, puis durant une journée, la flotte bombarde Calicut, causant un grand nombre de victimes et des dégâts considérables !
Les Portugais et le Royaume de Calicut seront en guerre pour les 10 prochaines années…
Mais que faire maintenant !? Les Portugais n’ont plus de factorerie (Calicut est le principal port des épices au Kerala ! ) ni d’allié en Inde : tout est à recommencer !
Les Portugais vont donc prendre contact avec le Royaume de Cochin, un rival malheureux du Royaume de Calicut. Le Raja de Cochin, ravi des malheurs de son concurrent, accueille les Portugais avec joie et un traité de commerce et de défense est signé. Certes, les entrepôts de Cochin sont moins remplis que ceux de Calicut, mais les Portugais peuvent installer une factorerie et compléter leur cargaison d’épices et de poivre. Le Royaume voisin de Cannanore leur offre même une cargaison de gingembre, certes de mauvaise qualité, mais le geste est apprécié. Les marchands Musulmans de Cochin tentent là aussi de faire chasser les Portugais mais le Raja, soucieux de préserver son alliance contre Calicut avec les Portugais, fait mettre ceux-ci sous sa protection.
Encore une fois, le bilan de l’Armada Portugaise est en demi-teinte : les Portugais ont maintenant bien conscience que s’il y a des Chrétiens en Inde, ce sont de petites communautés peu influentes. Les pertes en navires (plusieurs sont perdus corps et bien au Cap de Bonne Espérance, dont un commandé par le fameux Bartolomeu Dias !) et en hommes sont importantes. La guerre contre Calicut va faire rage durant 10 ans Mais, au moins, une alliance a été conclue avec Cochin, une factorerie installée, des contacts pris avec Cannanore, et la cargaison d’épices ramenée va générer de gros profits …
Les Portugais, lentement mais sûrement, commencent à se faire une place en Inde…

Byblos


La troisième Armada : Joao Da Nova, les premiers tumultes
La 3éme Armada est bien plus modeste : 4 navires, 400 hommes dont seulement 80 soldats. Il faut dire que la 2nde Armada n’est pas encore rentrée au moment du départ, et que Cabral est censé avoir fait la paix avec Calicut. La 3éme Armada a donc pour objectif de commercer avec Calicut, puis de revenir les cales pleines. A Lisbonne on ne sait pas encore que le Portugal est en guerre avec Calicut désormais !
Mais sur la route, Da Nova va être mis au courant : en effet les capitaines, le long des voies maritimes menant jusqu’en Inde, ont l’habitude de laisser des messages écrits aux divers points d’eau auxquels les équipages ont l’habitude de se ravitailler. Et c’est peu après le passage du Cap de Bonne Espérance, à l’Aguada (aiguière) Sao Bras, que dans une chaussure Da Nova va prendre connaissance d’un message laissé là par Pero Da Ataide, un capitaine de la 2de Armada, sur le chemin du retour. La note met en garde les capitaines Portugais : la guerre est déclarée contre Calicut, mais Cochin et Cannanore sont désormais ports amis.
En Inde, Da Nova se rendra à Cannanore et Cochin. Les Portugais auront bien du mal à remplir leurs cales car au Malabar les épice se paient surtout en argent, dont ils n’ont pas de grandes quantités à disposition, et les marchandises Portugaises se vendent mal (ils soupçonnent aussi les marchands Musulmans de les boycotter). Heureusement le Raja de Cannanore se portera garant pour eux et les navires seront au moins partiellement chargés. Les Portugais se livrent aussi à la piraterie sur les côtes de Malabar et s’emparent de plusieurs navires marchands de Calicut ou arabes.
Le 31 Décembre 1501, alors que l’Armada se prépare à quitter Cannanore pour rentrer au Portugal, une flotte de guerre de Calicut apparait au large : c’est la première fois depuis leur arrivée en Inde que les Portugais affrontent une flotte de guerre régulière ennemie. 40 gros navires et environ 180 petits contre 4 caraques Portugaises. Le vent étant en sa faveur, Da Nova décide de tenter de forcer le blocus : son artillerie fera merveille, et au bout de 2 jours de bataille, la flotte ennemie, qui a subit de lourdes pertes, fuie le combat, les pertes Portugaises sont légères.
En Septembre 1502, la 3éme Armada est de retour à Lisbonne, les cales chargées de poivre, cinabre, gingembre, et autres épices.
Encore un bilan en demi-teinte pour cette Armada, qui a eu bien du mal à charger, et encore incomplètement, ses cales ! La victoire navale contre Calicut est, par contre, éclatante !
Mais la 4éme Armada, sous le commandement de Vasco da Gama, est déjà partie, le 10 Février 1502…

Byblos


La 4é Armada : Vasco Da Gama, la vengeance
La 4éme Armada se voit assigner un objectif très clair : vaincre définitivement Calicut ! La famille Da Gama domine cette puissante flotte de 20 navires et prés de 1800 hommes : Vasco, son oncle Vicente Sodré et son cousin Estavao Da Gama commandent chacun une des 3 escadres. La caraque d’Estavao est la plus grande construite jusqu’alors, et jauge 400 tonneaux.
Parvenu à la mi-Août 1502 en Inde, Da Gama s’y livre d’abord à la piraterie contre les navires Arabes et de Calicut. Et un épisode particulièrement sanglant va avoir lieu. Repérant un gros navire marchand de Calicut, les Portugais le prennent en chasse. Le Miri appartient à un riche marchand de Calicut, il est non armé et se rend rapidement. A son bord, plus de 300 personnes, la plupart des pèlerins revenant de la Mecque, hommes femmes et enfants. Le navire est pillé, puis Vasco Da Gama ordonne qu’il soit bombardé et coulé, avec tous ses passagers à bord. Vasco Da Gama présentera son geste comme un acte de vengeance après le massacre des Portugais de la factorerie de Calicut en 1500, mais même parmi les Portugais, l’acte sera considéré comme particulièrement cruel, et la haine des Portugais ne fait que croitre en Inde…
Le 18 Octobre 1502, les Portugais accostent à Cannanore et, cette fois-ci, Da Gama a fait préparer de somptueux cadeaux pour le Raja ! Les négociations sont houleuses, mais finalement un traité de commerce est signé, et une factorerie installée à Cannanore.
Ayant installé une factorerie à Cannanore et Cochin, en guerre ouverte avec Calicut, les Portugais affermissent leur prise sur les côtes du Malabar, et mettent en place le système des cartaz : désormais tout navire désirant commercer sur les côtes de Malabar devra d’abord obtenir l’autorisation écrite d’un Facteur Portugais !
Les Portugais quittent alors Cannanore pour en finir avec Calicut. Le Samorin envoie des messagers, faisant part de son désir de paix, des négociations débutent. Da Gama exige un large dédommagement et que les marchands musulmans soient expulsés de Calicut. Le Samorin rétorque que selon les coutumes, il ne peut se mêler des querelles entre marchands. Les négociations trainent en longueur, Da Gama ordonne la saisie de navires marchands et de pêche dont les équipages sont faits prisonniers. Le Samorin fait répondre qu’il ne chassera pas les marchands musulmans et que Da Gama doit libérer ses prisonniers. Da Gama envoie un ultimatum au Samorin, celui fait ériger des fortifications garnies d’artillerie sur les plages.
Le lendemain, 1er Novembre 1502, à l’aube, Da Gama fait pendre ses prisonniers aux mâts de ses navires. Puis, les habitants consternés s’étant massés sur la plage, il fait ouvrir le feu et, toute la journée, bombarde les plages de Calicut : les fortifications et l’artillerie sont détruites, les maisons des plus pauvres, cahutes bâties sur les plages, sont rasées. La nuit tombée, les mains et les pieds des pendus sont tranchés, entassés dans une embarcation lancée vers la plage, avec un message d’insultes destinées au Samorin.
Le 2 Novembre, toute la journée, le bombardement reprend. Cette fois-ci c’est la cité elle-même qui est visée, les dégâts sont considérables. Puis le 3 Novembre, Vasco Da Gama fait mettre les voiles, les Portugais laissent derrière eux une cité à feu et à sang, et une flottille pour assurer le blocus de Calicut.
Sur les côtes du Malabar, c’est la stupeur …
Les mois de Novembre et Décembre se passent à Cochin, où Vasco Da Gama renforce le traité commercial avec le Raja, et fait remplir les cales de ses navires.
Début Janvier 1503, un brahmane se présente à Vasco Da Gama, accompagné de son fils et de son neveu : ce sont des envoyés de Calicut, porteurs de nouvelles offres de paix du Samorin. Da Gama prend le commandement de sa plus puissante caraque – la Flor De La Mar – et se rend à Calicut où, pendant 4 jours, de nouvelles négociations se déroulent. Mais à l’aube du 4éme jour, le navire est cerné d’une centaine de petits navires de guerre, qui ont profité de la nuit pour s’approcher du Flor De La Mar : l’ennemi est trop proche, l’artillerie est inutilisable, c’est avec les arbalètes et les arquebuses que les Portugais devront se défendre. Un brûlot est même lancé sur leur navire. Enfin, n’ayant d’autre choix que de casser les chaines de leurs ancres, les Portugais parviennent à rompre la ligne ennemie, et à les distancer suffisamment pour enfin ouvrir le feu de leur artillerie et les mettre en fuite, mais la bataille a été rude ! Avant de quitter Calicut, Vasco Da Gama fait pendre le brahmane (Un acte sacrilège !) ainsi que ses 2 parents aux mâts de son navire, en vue de la cité, puis fait placer leurs corps sur une embarcation lancée vers le rivage …
Fin Janvier 1503, Vasco Da Gama apprend que le Samorin a constitué une puissante flotte de guerre, s’adjoignant les services d’un célèbre corsaire de la Mer Rouge : Khoja Ambar. Ce ne sont pas moins de 20 gros navires de guerre, 40 sambuks équipés d’artillerie, et de dizaines de petits navires à rames, portant des milliers d’hommes en armes, qu’a réuni le Samorin !
Le Raja de Cochin suggère à Da Gama de quitter le Malabar rapidement et de retourner au Portugal sans s’attarder, mais Da Gama refuse de fuir le combat : avec ses 10 caraques lourdement chargées de marchandise diverses, rejoint par les 5 caravelles de Vincente Sodré, il met le cap sur Cannanore, passant au large de Calicut.
Bientôt la flotte ennemie est repérée : les Portugais concentrent d’abord leurs tirs sur les gros navires adverses, rapidement coulés ou désemparés. Bien que leurs alliés arabes soient vaincus, les Malabari tentent d’aborder les caraques Portugaises au plus vite, limitant au maximum leur temps d’exposition au tir ennemi et confiant en leur supériorité numérique, mais les légères caravelles Portugaises les interceptent, et le navire amiral Malabari est pris à l’abordage ! Cela en est trop et les Malabaris se dispersent, plusieurs sambuks sont pris et incendiés.
Da Gama ne peut s’attarder encore en Inde et fin Février 1503, il met le cap sur le Portugal où il arrivera en Septembre : il a pris soin de laisser sur place son oncle Vincente Sodré à la tête d’une flottille de caravelles, pour assurer la protection de ses factoreries et alliés contre le Samorin de Calicut et les pirates du Malabar.
Encore une fois, c’est un résultat en demi-teinte : si l’emprise commerciale des Portugais sur les côtes du Malabar commence à se faire sentir, si les navires Portugais reviennent chargés d’épices, s’ils ont incontestablement prouvé leur supériorité militaire (j’y reviendrai), c’est en faisant preuve d’une cruauté et d’une violence rarement vues dans la région, et qui attise la haine contre les Portugais. Et le Samorin de Calicut a clairement montré sa volonté de résister coûte que coûte…
Quant aux caravelles de Vincente Sodré … Celui-ci, désobéissant aux ordres donnés par Da Gama, se rend en Mer Rouge pour y pratiquer la piraterie … et pendant ce temps là, en Avril 1503, le Samorin de Calicut envahit le Royaume de Cochin à la tête d’une armée de 50 000 hommes ! Le Prince Cochinois Narayan est tué au combat, une partie de l’armée Cochinoise est soudoyée par l’ennemi qui bientôt s’empare de Cochin et incendie la cité ! C’est un désastre ! Le Raja, les Portugais de Cochin et quelques fidèles Nayars (Une caste de guerriers Hindous) parviennent à fuir dans les îles de la lagune, et échappent à l’ennemi durant plusieurs mois…
Les caravelles de Vincente Sodré ont fait quelques prises … puis les capitaines se disputent pour le partage du butin et on frôle la mutinerie. Fin Avril 1503, les caravelles sont pris dans une tempête au large d’Oman et 2 sont perdues corps et bien, dont celle de Sodré qui perd ainsi la vie. A l’été 1503, les navires restants arrivent aux îles Angedive où les marins entreprennent les longues réparations nécessaires …
C’’est cette situation précaire que trouvera à son arrivée la 5éme Armada …

Byblos


La 5é Armada : Afonso da Albuquerque, le désastre
La 5éme Armada est commandée par Afonso Da Albuquerque, un personnage qui, mais pas tout de suite, va changer le cours du destin de l’Empire Portugais des Indes, nous en reparlerons. Pour le moment, il va faire pâle figure ! Moins puissante que l’Armada précédente de Vasco Da Gama, la 5éme compte 10 navires, dont certains, se perdant en chemin ou coulés lors de tempêtes, ne parviendront même pas en Inde !
Les premiers navires arrivent en Août 1503, sous le commandement de Francisco Da Albuquerque, cousin d’Afonso, et trouvent les caravelles rescapées de la flottille de Vincente Sodré en train de panser leurs plaies. Francisco prend le commandement de l’ensemble des navires, et se rend à Cannanore, rejoint par un autre navire de la 5éme Armada, celui de Duarte Pacheco Pereira. C’est là qu’ils apprennent que l’armée de Calicut a détruit Cochin et que le Raja, les Portugais de Cochin et une petite garde de Nayars sont assiégés dans l’île de Vypin. L’escadre de 8 navires de guerre met le cap sur Cochin, et son arrivée entraine la prudente retraite de l’armée de Calicut.
Le Raja de Cochin a désormais bien conscience que la pérennité de son royaume dépend de son alliance avec les Portugais : ceux-ci sont donc autorisés à bâtir un fort (de bois, puis de pierres en 1505) à l’intérieur duquel en 1504 la première église catholique en Inde sera construite. Ce fort portera le nom de Santiago, du nom de l’Ordre Militaire dont font partie Afonso Da Albuquerque et son cousin Francisco.
En Octobre 1503, Afonso Da Albuquerque arrive à son tour en Inde : la priorité des Portugais va alors être de charger leurs navires d’épices, tâche malaisée car d’une part Cochin est détruite et d’autre part le Samorin de Calicut utilise tous les moyens possibles pour dissuader les livraisons d’épices au Portugais.
Si bien qu’après négociations, une paix est signée avec Calicut à la mi-Décembre 1503 ! Le Samorin n’a pas réussi à éliminer son rival le Raja de Cochin, désormais protégé par un fort et une garnison Portugaises, et ceux-ci ne parviennent pas à remplir leurs cales, et il faut bien admettre que Calicut reste LE grand port de commerce des côtes de Malabar, et le Samorin propose une grosse quantité de poivre aux Portugais ! Mais cette paix sera de courte durée, et l’état de guerre reprendra rapidement …
De fait, Afonso Da Albuquerque va se tourner vers Quilon, une cité plus au Sud, qui a l’avantage d’être neutre et de pouvoir fournir pas mal d’épices. De plus, Quilon avait déjà proposé ses épices aux Armadas précédentes et des navires Portugais y avaient fait affaire. Afonso Da Albuquerque va y signer un traité de commerce, et pouvoir y installer une factorerie, la 3éme installée en Inde par les Portugais après Cochin et Cannanore, qui sera protégée par une garnison de 20 soldats.
A Cochin, ce seront 150 soldats qui seront laissé en garnison, sous le commandement de Duarte Pacheco Pereira, et une flottille de 2 caravelles et une caraque.
Puis en Février 1504, c’est le voyage de retour qui commence : il va tourner au désastre ! Tempêtes, longues périodes sans vent, vont disperser et décimer l’Armada : Francisco Da Albuquerque et Nicolau Cauelho (un vétéran des 2 premières Armadas) notamment sont perdus en mer. Le 16 Septembre 1504, ce qui reste de l’Armada – 2 navires et quelques dizaines d’hommes dont Afonso Da Albuquerque – arrivent à Lisbonne. Au total, 5 navires sont perdus, et des centaines d’hommes sont morts depuis le départ.
Cette 5éme Armada est un échec : Cochin est faiblement garnisonnée par les Portugais, et le Samorin de Calicut ne va pas laisser passer l’occasion de prendre sa revanche.

Byblos


La 6éme Armada : Lopo Soares Da Albegaria, la guerre contre Calicut
La 6éme Armada est assemblée sur la foi des rapports de la 4éme (Vasco Da Gama) : c’est donc une puissante flotte d’une douzaine de navires, surtout de grosses caraques et quelques caravelles, montées par 1200 hommes. Sa mission est de revenir chargée d’épices, et de protéger les factoreries de Cochin et Cannanore, les caravelles resteront en Inde au sein d’une flottille de protection. Lopo Soares ne doit pas faire la paix avec Calicut et lui porter dommages par tous les moyens.
Parti le 22 Avril 1504, l’Armada arrive en bon ordre en Inde, à Anjedive, en Août. Début Septembre, elle est à Cannanore où Lopo Soares apprend qu’il s’est déroulé une terrible bataille à Cochin ! Le Samorin de Calicut, à la tête d’une armée de 60 000 hommes, avec des canons Turcs et Vénitiens, s’est acharné sur le Fort Santiago et ses 150 Portugais commandés par Duarte Pacheco Pereira qui ont résisté avec acharnement de Mars à Juillet 1504 : le Samorin humilié a finalement sonné la retraite !!!

(Duarte Pacheco Pereira)
Le 7 Septembre 1504, l’Armada est à Calicut où Lopo Soares exige la libération de s Portugais faits prisonniers et la remise de 2 fondeurs de canons Vénitiens au service du Samorin. Le Samorin est absent, ses conseillers acceptent de libérer leurs prisonniers mais refusent de livrer les Vénitiens : durant 2 jours, l’Armada bombarde alors Calicut, causant d’énormes dommages !
Puis cap est mis sur Cochin, pour féliciter et soulager la garnison Portugaise épuisée. Une forte somme d’argent est remise au Raja de la part du Roi Manuel 1er, pour honorer l’Alliance, puis les Portugais entreprennent de remplir les cales de leurs navires. Mais les récents combats n’ont pas permis à Cochin d’acquérir suffisamment d’épices et, tandis que des navires vont charger à Quilon, d’autres se livrent à la piraterie dans les eaux de Calicut.
Lopo Soares apprend alors que le Samorin est en train de fortifier son port de Cranganore, sûrement pour en faire un point d’appui pour une prochaine attaque de Cochin : il décide de lancer une attaque préventive. 10 navires de guerre Portugais, plusieurs dizaines de petits navires de guerre Cochinois, 1000 soldats Portugais et 1000 Cochinois sont mobilisés pour l’attaque. Tandis que les caraques, trop lourdes pour entrer dans l’estuaire de Cranganore, s’ancrent, les caravelles et les petites embarcations Cochinoises, appuyés par le tir de leur artillerie, débarquent leurs troupes qui vainquent rapidement les forces de Calicut, puis pillent et incendient Cranganore. Une flottille de secours envoyée depuis Calicut est cueillie par les caraques ancrées à l’entrée de l’estuaire de Cranganore et sèchement battue. Enfin, le souverain de Tanore, un petit royaume sis entre Calicut et Cranganore, vassal de Calicut, est en bisbille avec son souverain : il propose aux Portugais de rejoindre leur alliance en échange d’une assistance militaire. Une flottille et des troupes lui sont envoyées, et l’armée alliée ainsi constituée repousse une armée de Calicut qui descendait vers Cranganore.
Fin Décembre 1504, alors que l’Armada est ancrée à Cannanore, Lopo Soares apprend qu’une flotte de transport arabe est ancrée à Pandarane, un port situé au Nord de Calicut. Cette flotte est chargée d’évacuer les riches familles arabes de Calicut et leurs familles. Pressentant la possibilité d’un riche butin, Lopo Soares décide d’attaquer. Ses caraques étant trop lourdement chargées, c’est avec 2 caravelles et 15 petits navires de guerre Malabari, montés par 360 soldats Portugais que Lopo Soares fond sur la flotte ennemie surprise au port : les navires arabes sont pris et pillés, mais au prix de lourdes pertes Portugaises.
Début Janvier 1505, l’Armada fait voile vers Lisbonne : sont laissées en arrière 1 caraque et 2 caravelles pour assurer la défense des factoreries et alliés Portugais. A part cette flottille, Lopo Soares emmène avec lui tous les navires restés en Inde jusqu’ici et arrive – en Juillet 1505 – au Portugal avec plus de navires qu’il ne commandait en partant.
Cette 6éme Armada est clairement un succès : les bénéfices de la vente des épices sont très importants, Calicut est clairement affaiblie, plusieurs fois vaincue sur terre et sur mer, son réseau féodal commence à s’étioler, les marchands arabes évacuent ses ports. Mais, c’est justement ce succès des Portugais qui va leur attirer un nouvel adversaire, les Mamelouks. Ceux-ci voient leurs revenus liés aux échanges avec l’Inde considérablement diminuer du fait de l’action des Portugais, et ils vont réagir …

Byblos


La 7éme Armada : D. Francisco Da Almeida, la consolidation
Cette Armada marque un tournant : Almeida portera le titre officiel de Vice-Roi des Indes (il est accompagné d’un secrétaire et d’un juriste), établira un réseau de forteresse, et désormais de façon permanente des flottilles de navires de guerre Portugais assureront toute l’année la protection de leurs comptoirs et alliés en Inde.
Jusqu’ici, six mois de l’année (de Août à Janvier), la présence en Inde de l’Armada Portugaise annuelle, de ses navires de guerre, marins et soldats, assuraient la protection de leurs intérêts, mais une fois celle-ci repartie, durant 6 autre mois (de Décembre à Juillet), rivaux et ennemis pouvaient attaquer les comptoirs Portugais faiblement défendus et leurs alliés : Cochin en avait fait douloureusement les frais …
Le Samorin de Calicut est certes affaibli, mais pas vaincu. Par l’intermédiaire de Venise (!) et des Turcs, il a pu améliorer la qualité de son artillerie. Il lui manque encore une chose pour pouvoir rivaliser avec les Portugais et les chasser des côtes du Malabar et du Kerala : une flotte de guerre digne de ce nom. Et c’est un nouvel allié qui va lui apporter : les Mameloukes d’Egypte. Ceux-ci voient avec inquiétude la quantité d’épices passer par leur ports se réduire comme peau de chagrin (et le montant des taxes prélevées avec !), aussi décident-ils de réagir, et commencent à préparer une puissante expédition navale.
L’Armada de 1505 est donc une puissante flotte composée de plus de 20 navires (dont une dizaine de grosses caraques) emportant dans leurs flancs un millier de marins et 1500 soldats !
La mission d’Almeida est de construire des forteresses et de mettre fin à l’état de guerre avec Calicut (par la force ou la persuasion !). Les caraques devront revenir chargées d’épices, et les caravelles resteront en Inde pour assurer la protection des Portugais et de leurs alliés. Tout doit être fait pour « accueillir » comme il se doit les Mameloukes qui pointeront le bout de leurs coques dans les mois ou années à venir…
Le 13 Septembre 1505, l’Armada arrive à l’île d’Anjedive, en Inde. Anjedive est une position stratégique, déjà visitée par Vasco Da Gama jadis. L’île est située au large de la frontière entre le Sultanat de Bijapur et les états hindouistes du Kerala (et de l’Empire du Vijayanagar). Au Nord sur la côte de Bijapur on trouve Goa, cité importante dont nous reparlerons. Mais pour le moment Almeida fait construire un fort – le fort Sao Miguel – et une église. Une garnison de 80 hommes y sera stationnée, assistée d’une flottille de petits navires à rames.
Des tensions s’installent rapidement avec les 2 principales cités de la côte : Batecala et surtout Onor, un nid de pirates. Les Portugais mènent un raid sur Onor, parviennent à mettre à sac le port, et le gouverneur demande la paix. Le principal chef pirate, Timoji, qui avait déjà posé problème à Vasco Da Gama, se reconnait vassal du Roi du Portugal. Ce Timoji est un personnage qui, on le verra par la suite, rendra bien des services aux Portugais !
Le 24 Octobre 1505, l’Armada cingle vers Cannanore. Almeida y fait édifier un fort – le Fort Sant’Angelo. La garnison sera de 150 hommes (on note clairement la montée en puissance des Portugais), assistée d’une flottille de 2 caravelles.
Almeida ouvre alors ses lettres de créance et devient officiellement le premier Vice-Roi des Indes Portugaises, pour un mandant d’une durée de 3 années.
(Almeida)
Moment symbolique s’il en est, Almeida va recevoir à Cannanore une ambassade officielle de l’Empereur du Vijayanagar, Narsinga. Voilà bien qui montre à quel point les Portugais sont désormais solidement implantés en Inde et sont devenus des acteurs à part entière des relations commerciales et diplomatiques du Kerala et des côtes du Malabar. Une Alliance défensive est conclue, l’Empereur voulant notamment s’assurer de son approvisionnement en chevaux de guerre, indispensables à ses armées.
Mais un grave évènement va venir noircir ce tableau : à Quilon, le facteur Portugais Antonio De Sa est aux prises avec les autorités. Des marchands musulmans sont arrivés avec leurs navires pour affaires, et Antonio tente sans succès de convaincre les dirigeants de Quilon de les expulser sans autre forme de procès. Arrive alors une flottille de caravelles sous le commandement de Joao Homem. Antonio de Sa s’acoquine avec lui et les navires musulmans sont abordés, leurs vergues sectionnées, leurs mâts abattus. Les autorités de Quilon sont furieuses ! Dés le départ des navires Portugais, une émeute éclate, dirigée contre les Portugais de la factorerie qui sont massacrés.
Almeida, qui séjourne désormais à Cochin, apprend ce désastre, et le rôle aggravant joué par Joao Homem qui est destitué de son commandement. Almeida envoie une escadre, composée de caraques et de caravelles, à Quilon sous le commandement de son fils Lourenço, espérant une résolution pacifique à la crise, mais les Portugais ne sont même pas autorisés à débarquer et Quilon renforce ses défenses. Lourenço bombarde alors la cité, et incendie les navires marchands ancrés dans le port, puis retourne à Cannanore.
C’est un coup dur pour les Portugais qui perdent ainsi une des 3 factoreries jusqu’ici établies au Kerala (les 2 restantes à Cochin et Cannanore) !
A Cochin, Almeida fait renforcer les défenses et la garnison du fort Manuel. Il remet symboliquement une couronne d’or, présent du roi Manuel du Portugal, au nouveau souverain de Cochin(le précédent a abdiqué), faisant ainsi de lui un vassal de la couronne Portugaise et mettant fin au lien de vassalité de Cochin vis-à-vis de Calicut.
En Janvier 1506, les caraques – cales pleines – repartent vers Lisbonne, les derniers navires arrivant à bon port en Décembre 1506.
La 7éme Armada est un réel succès : un Etat Portugais des Indes (Estado Da India) est né, solidement défendus par des forteresses et des flottilles de guerre. Le Vice-roi D. Francisco Da Almeida est établi à Cochin, royaume allié. Les caraques sont revenues chargées d’épices et les bénéfices sont importants. Une seule ombre au tableau : la perte de la factorerie de Quilon. Mais les nuages s’amoncellent dans le ciel de l’Estado Da India. C’est alors que, comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, va surgir celui qui va marquer le tournant de notre récit : Afonso Da Albuquerque !

Byblos


Intermède :
Ouf ! Soufflons un peu ! Profitons-en pour aborder un sujet dont je ne vous ai pas parlé jusqu’ici, cela me permettra de vous faire comprendre à quel point Afonso Da Albuquerque va modifier la situation !
Je vous ai déjà expliqué qu’au Portugal, 2 « courants » s’affrontaient : l’un préconisant l’expansion au Maghreb, dans une sorte d’extension de la Reconquista, l’autre préconisant l’expansion outre-mer, misant sur le commerce des épices et les profits engendrés, ce projet se doublant du projet messianique du roi Manuel.
Mais il existe un second axe de confrontation, au sein même du projet d’expansion outre-mer !
Pour certains, l’Estado Da India doit surtout être une entreprise commerciale : les Armadas doivent partir chaque année et revenir chargées d’épices, générant de gros profits pour la couronne et ses serviteurs. En Inde, les Portugais doivent avant tout s’immiscer dans les circuits commerciaux et dans les réseaux diplomatiques existants : chasser les « Mouros Da Mecca » du pays, certes, mais rien de plus. Eriger quelques forteresses, une poignée seulement, pour ne pas grever les dépenses de l’état, juste ce qu’il faut pour assurer la défense des quelques factoreries. Ceux-là estiment aussi qu’un roi ne doit pas se mêler du commerce, et que ces choses là doivent le plus possible être laissé à des intérêts privés qui verseront, rubis sur l’ongle, les taxes dues à la Couronne. Bref avec un investissement somme toute réduit, récolter de gros bénéfices. Cette vision est notamment portée par la « vieille » noblesse de sang Portugaise, sous l’influence de la Couronne Espagnole. Un projet que l’on pourrait qualifier de mercantiliste.
Pour les autres, souvent de jeunes Fidalgos (Nobles, l’équivalent de l’Hidalgo espagnol) aux titres récents gagnés au service du roi, et dont les épées brûlent de sortir du fourreau, il faut aller plus loin ! Pourquoi ne pas établir un monopole du commerce !? Cela signifie chasser les musulmans des Indes, qu’ils soient « Mouros Da Mecca » ou « Mouros Da India », s’emparer des points névralgiques pour le commerce et stratégiques pour la guerre, cela signifie surtout plus de navires de guerres, plus de marins, plus de soldats, plus de conquêtes, plus de forteresses, bref plus de tout, et surtout plus de dépenses et moins de bénéfices ! Mais aussi plus de gloire et de renommée ! Quant au commerce, si la Couronne doit permettre à quelques investisseurs privés de participer (et il y en a déjà : des Génois, des Florentins, des Flamands et des Allemands), elle doit exercer un réel monopole, et s’arroger la part du lion ! Un projet qu’aujourd’hui nous qualifierions d’impérialiste.
Et ces 2 visions quelque peu contradictoires s’affrontent depuis le début de l’aventure en Inde !
Le Vice-roi Da Almeida par exemple est plutôt un tenant du mercantilisme. Le roi Manuel lui, est plutôt impérialiste. Et en 1506, il va envoyer en Inde, au sein de la 8éme Armada commandée par Tristao Da Cunha, un Fidalgo qui partage fortement sa vision des choses : Afonso Da Albuquerque. Et Afonso da Albuquerque emporte avec lui une lettre scellée des armes royales, lettre qui fait de lui le successeur de Da Almeida au poste de Vice-Roi des Indes !
Ah oui ! Vous allez me dire : mais !? Le Roi est le Roi ! C’est lui qui décide de ce qui doit être fait, et sa vision doit l’emporter sur le terrain ! Oui, sauf que l’Estado Da India est à des mois de navigation de Lisbonne et du Roi ! Que les Portugais n’y sont qu’une poignée, que leurs positions même consolidées désormais n’en restent pas moins précaires, que les Armadas qui partent chaque année n’ont pas le temps d’attendre le retour de la précédente, et qu’une fois arrivés en Inde les Capitao-mor (Capitaines-Majeurs = commandant en chef) peuvent trouver une situation tellement bouleversée que les instructions du Roi en deviennent immédiatement caduques par la force des choses, et ce sont alors ces Capitaines-Majeurs qui prennent les décisions qui s’imposent, et ils peuvent décider de favoriser l’une ou l’autre des 2 visions de l’Estado Da India. Bref, loin des yeux, loin du cœur ! Et nécessité fait loi !

Byblos


Afonso Da Albuquerque : en Mer Rouge
L’homme ayant imprimé sa marque dans cette histoire, je ne continuerai pas ce récit en l’articulant autour des différentes armadas, mais en l’articulant désormais autour d’Albuquerque, et des évènements marquant l’Estado Da India durant les années qu’il passe en Inde.
Albuquerque embarque donc pour l’Inde avec la 8éme Armada le 6 Avril 1506 : il n’est certes pas le Capitaine-Majeur de l’expédition mais a reçu le commandement de l’ « Escadre de la Mer d’Arabie » dont l’objectif est de s’emparer d’Ormuz, principale cité marchande de la Mer Rouge, et de détruire les flottes marchandes arabo-musulmanes.
L’Armada va rencontrer bien des déboires sur son chemin, et ce n’est qu’en Avril 1507, un an après son départ, qu’elle atteint l’île de Socotra, qui est conquise dans la foulée, et où est bâti un fort. Mais l’île est pauvre et n’offre que peu de ressources : les hommes sont épuisés, malades, les navires très abimés par de longs mois de navigation, l’Armada se scinde donc en 2. Tristao Da Cunha part vers l’Inde, Albuquerque cingle vers la Mer Rouge, espérant pouvoir rafistoler hommes et navires aux dépens des cités et navires marchands arabes, et avec pour objectif principal Ormuz.
D’Août à Septembre 1507, l’escadre d’Albuquerque va soumettre, de grés ou de force, les cités Omani (Qalhat, Qurayyat, Muscat, Sohar et Khor Fakkan). Le 26 Septembre 1507 l’escadre apparait au large d’Ormuz.
Albuquerque propose la reddition de la cité sans combat. Le souverain légitime étant âgé de 12 ans, le pouvoir effectif est aux mains d’un vizir qui, constatant que les Portugais ne disposent que d’une petite escadre déjà bien fatiguée de 5 ou 6 navires (Il reste à peine 450 Portugais en état de combattre) , refuse et se prépare à résister. Les navires Portugais sont rapidement cernés par une flotte d’environ 50 navires marchands armés, dont une grosse caraque Gujarati, et entre 100 et 200 petits navires à rames Ormuzi, montés par des archers mercenaires Perses. Mais Albuquerque sait que son artillerie et ses arquebuses sont bien supérieures aux armes adverses, et les Portugais tirent dans le tas, faisant des ravages ! Une fois l’ennemi désorganisé, ils contre-attaquent, prenant à l’abordage ou incendiant de nombreux navires adverses, dont la grande caraque Gujarati, puis débarquent dans les chantiers navals, amenant la capitulation du Vizir…
Albuquerque obtient alors la vassalisation d’Ormuz au Roi du Portugal, et fait entreprendre la construction d’un fort, mais bientôt, la situation tourne au vinaigre. Les hommes sont épuisés, certains capitaines font défection (ce n’était peut-être pas une bonne idée de les faire trimer aux côtés des marins à la construction du fort, sous le soleil brûlant !?) et rejoignent l’Inde avec leurs navires et équipages, les résistances locales sont importantes et de l’arrière-pays de nombreux mercenaires viennent renforcer l’armée Ormuzie. En Avril 1508, avec les 2 navires encore en état de naviguer, il doit quitter Ormuz. Après avoir pratiqué la piraterie quelques temps dans le Golfe d’Aden, il fait voile pour l’Inde: c’est pour l’instant un échec pour Albuquerque, qui se jure de revenir soumettre Ormuz !
En Décembre 1508, Albuquerque arrive à Cannanore.

Byblos


Kerala et Côtes du Malabar 1506/ 1507 :
Plus de 2 années ont passé depuis le départ d’Albuquerque de Lisbonne, et ses tribulations en Mer Rouge : en Inde, beaucoup d’évènements ont eu lieu …
D’abord, sous la pression des troupes de l’Adil Shâh de Bijapur, les Portugais ont dû abandonner le fort et l’île d’Anjedive.
En Mars 1506, le Samorin de Calicut tente encore sa chance ! Aidé par des mercenaires italiens, il a amélioré la qualité de son artillerie, assemblé une flotte de 200 petits navires de guerre, montés par des Indiens, des Arabes et des Turcs, et cette flotte cingle vers Cannanore … où une flottille Portugaise sous le commandement du fils du Vice-Roi – Lourenço Da Almeida – la met en fuite ! Encore raté !
La situation va de nouveau s’envenimer à Cannanore en 1507. Les marchands Mapillas (musulmans locaux) de Cannanore n’ont jamais vraiment accepté la tutelle des Portugais qui détournent une grande partie du trafic marchand vers leur allié de Cochin où ils ont installé leur principale factorerie. Le système de sauf-conduit, empêchant le commerce avec Calicut, étouffe Cannanore. A la faveur de la mort du Raja allié des Portugais, le Samorin de Calicut exerce suffisamment de pressions pour que soit porté au pouvoir un Raja bien plus hostile aux Portugais, et favorable aux Mapillas et à Calicut. Un incident grave va déclencher la révolte : au large du Mont Eli, les Portugais contrôlent un Sambuq dont le sauf-conduit ne semble pas en règle. Le capitaine proteste, se disant de Cannanore, mais les Portugais le soupçonne d’être de Calicut : l’équipage est jeté à la mer, le navire confisqué et remorqué jusqu’à Cochin. Quelques jours plus tard, certains corps des noyés s’échouent sur la plage de Cannanore : la colère gronde. Parmi les corps, celui d’un neveu d’un personnage important : Mamale de Cannanore.
Ce Mamale est un des chefs de la communauté marchande Mapilla de Cannanore, mais il a la particularité d’avoir fondé – discrètement - un petit état dans les îles Maldives, un vaste archipel à 300 km au Sud-Ouest de Calicut. Les Maldives ont une certaine importance pour la navigation sur les côtes de Malabar : on y produit du poisson séché, idéal pour nourrir les marins, d’excellents cordages, du brai pour calfater les coques, et des petits coquillages qui peuvent servir de menue monnaie. Ce n’est pas une bonne idée de s’en faire un ennemi !
La révolte éclate le 27 Avril 1507 : cette fois-ci, ce ne sont pas seulement les milices Mapillas qui sont de la partie, mais aussi les guerriers du Raja de Cannanore – les Nayars – et des troupes envoyées par le Samorin ainsi que des pièces d’artillerie. Durant 4 mois, les 150 hommes de la garnison Portugaise vont être assiégés dans le fort par un ennemi infiniment supérieur en nombre (Entre 40 000 et 60 000 hommes). Les assauts se succèdent, mais la puissance de feu de Portugais et leur position inexpugnable leur permet de repousser toutes les attaques. Les assiégeants creusent des tranchées, et se protègent en érigeant des remparts de balles de coton. Les Portugais commencent à mourir de faim. Les malades et les blessés ne peuvent plus être correctement soignés. Le 15 Août, par miracle, des centaines de homards s’échouent sur les plages inaccessibles aux assiégeants, sous les remparts des défenseurs qui peuvent profiter de la manne. Mais ce sont surtout les navires de la 8éme Armada, apparaissant au large le 27 Août, qui va décider de la bataille. 300 soldats Portugais sont débarqués, le siège est levé et le nouveau Raja forcé de signer la paix et de renouveler les traités.
Et voici qu’une nouvelle menace, attendue certes, se profile : la flotte de guerre des Mameloukes arrive en Inde ! Embarquant 1500 combattants, elle est constituée de 6 grandes caraques (équivalentes à celle des Portugais) et 6 galéasses (de grandes galères), le tout sous le commandement de l’amiral Mirocem. Partie en Février 1507, après avoir soumis la cité de Djeddah en Mer d’Arabie, elle s’ancre en 1508 dans le port allié Gujarati de Diu. L’Amiral Gujarati Malik Ayyaz se joint aux Mamelouks avec une flotte de 40 galères.
Les forces Portugaises sont alors dispersées, et seule une escadre relativement peu puissante, sous le commandement de Lourenço, fils du Vice-roi D. Francisco Da Almeida, composée de 3 caraques et de 5 caravelles, est en mesure de tenter de les arrêter. La rencontre a lieu en Mars 1508 à Chaul au sud de Diu. Mais cette fois-ci les Portugais n’ont plus affaire à de simples petits navires de guerre Indiens, l’ennemi dispose de gros navires et d’une artillerie digne de ce nom, de plus il est supérieur en nombre. Les pertes sont terribles de part et d’autre, le navire de Lourenço Da Almeida sombre corps et biens et cette fois c’est bel et bien une défaite navale qu’essuient les Portugais. Mais la flotte Mamelouke est tellement malmenée qu’elle se réfugie à Diu, et qu’elle n’entreprendra plus d’action offensive, les équipages se dispersant et les navires pourrissants.
La nouvelle de cette défaite est un choc terrible pour les Portugais, désormais sous la menace de la flotte Mamelouke (ils n’ont pas connaissance de l’ampleur des dégâts chez l’ennemi) et un choc terrible pour le Vice-roi D. Francisco Da Almeida dont le fils a été tué au cours de la bataille ! Mais la mousson approche, et jusqu’en Septembre la navigation sera impossible sur l’océan Indien. Tout ce que peut faire le Vice-roi est de concentrer ses navires à Cochin dés la fin de la mousson, et de les préparer à se porter vers Diu et la flotte Mamelouke …
C’est sur ces noires entrefaites qu’arrive Albuquerque, en Décembre 1508. Aussitôt il présente ses lettres de créance au Vice-roi, lettres qui font de lui son successeur. Mais Almeida refuse de lui céder la place ! D’abord son mandat ne se termine qu’en Janvier 1509. Ensuite les capitaines ayant fait défection à Ormuz en 1507 sont aux côtés du Vice-roi depuis de longs mois déjà, et ont noirci à dessein la réputation d’Albuquerque. Enfin Almeida a une vengeance personnelle à exercer sur Mirocem pour la mort de son fils Lourenço, et tient à rester en poste tant que la flotte Mamelouke ne sera pas définitivement hors d’état de nuire.
Laissant Albuquerque à Cochin, Almeida prend le commandement de la flotte Portugaise (Une vingtaine de navires dont une dizaine de caraques, et 1200 soldats) qui cingle vers le Nord. A Anjedive, où les Portugaise se ravitaillent en eau fraiche, Almeida reçoit la visite du corsaire Timoji qui l’informe des positions ennemies. C’est là que la flotte Portugaise est attaquée par des navires de Dabul, une cité côtière du Sultanat de Bijapur.
La flotte Portugaise se rend alors à Dabul, où une petite troupe envoyée en reconnaissance est attaquée par une force ennemie embusquée et massacrée ! La vengeance des Portugais est alors terrible : débarquant en force, ils rasent Dabul et saccagent la campagne alentour, massacrant indifféremment combattants, hommes, femmes et enfants, et même le bétail ! Cet acte rappelle les pires atrocités de Cabral ou de Vasco Da Gama.
Pendant ce temps, à Diu, Mirocem a repris du poil de la bête : il a reçu 300 hommes en renfort, a pu remettre en état ses navires dont une très grosse caraque. Le Samorin de Calicut a envoyé une grosse escadre de navires de guerre légers en renfort. Malik Ayyaz lui est plus hésitant : ses relations se sont dégradées avec Mirocem, la présence Mamelouke est de plus en plus pesante, les Portugais arrivent en force et, au vu du massacre de Dabul, ne sont pas disposés à faire de quartier en cas de victoire.
Le 2 Février 1509, les Portugais sont en vue de Diu. Malik Ayyaz a quitté la cité sans demander son reste, Mirocem commande la flotte ennemie dont les navires restent sagement ancrés dans la rade de Diu, sous la protection de l’artillerie du fort. Les Portugais n’ont d’autres choix que d’attaquer les navires ennemis au port. Ils concentrent leur attaque sur les caraques Mamelouks et de Diu, tandis que le navire amiral – la grande caraque lourdement armée « Flor Do Mar » - tient à distance les navires légers de Calicut (qui fuient rapidement) et de Diu. Les caraques adverses sont prises à l’abordage par les caraques Portugaises, tandis que les caravelles attaquent les galéasses Mameloukes à l’abordage ou en les détruisant à coup de canons. La bataille dure depuis la fin de mâtinée jusqu’au crépuscule, mais la victoire Portugaise est totale. Au prix d’environ 300 blessés ou tués, les Portugais ont tués les 450 combattants et marins Mamelouks, et 1300 de leurs alliés Gujarati, les navires ennemis – sauf l’escadre de Calicut qui a fui – sont tous coulés ou capturés.


La menace Mamelouke écartée, Almeida et Malik Ayyaz font la paix : les Portugais concluent un traité de commerce avec Diu et y installent une factorerie. Une forte somme est extorquée aux marchands de la cité qui ont aidé à la remise en état de la flotte Mamelouke après la bataille de Chaul.
Le Vice-roi ne cède pas sa place pour autant, et l’animosité entre lui et Albuquerque allant croissante, il consigne celui-ci à Cannanore ! Albuquerque restera confiné jusqu’en Novembre 1509, à l’arrivée du Maréchal du Portugal – D. Fernando Coutinho – à la tête d’une grande Armada et de 3000 soldats. Albuquerque succède alors officiellement à D. Francisco Da Almeida comme Vice-roy des Indes, second à porter ce titre : vont suivre 6 années terribles alternant guerre et diplomatie.

Byblos


Goa 1510 : l’eau, le feu, le sang
Albuquerque a reçu des instructions du Roi Manuel : s’emparer d’Ormuz et de Malacca, bref mettre la main sur les 2 extrémités du réseau commercial dont l’Inde est le pivot central, et expulser les Musulmans – qu’ils soient Mamelouks, Arabes ou Gujarati, de ce réseau ! Et en Inde, sur les côtes du Malabar et au Kerala, Albuquerque a pour instructions d’assurer aux Portugais une position de force, notamment en soumettant définitivement Calicut, l’ennemi juré.
En Janvier 1510, première tentative contre Calicut, qui frôle le désastre : le Maréchal Fernando Coutinho entre dans la cité où il se retrouve piégé et pris en embuscade. Albuquerque est obligé d’intervenir avec son corps de troupes et les Portugais préfèrent se retirer l’affaire étant trop mal engagée.
Pour Albuquerque, on ne l’y reprendra plus : au risque de se faire des ennemis, il va agir désormais avec une poigne de fer, réquisitionnant les navires et les soldats des autres Capitao-mor en dédaignant leurs protestations. Il va aussi utiliser astucieusement ses informateurs et alliés (Surtout Timoji le corsaire) pour répandre de fausses rumeurs et apprendre le maximum d’informations sur ses objectifs.
Albuquerque entreprend alors de réunir navires et troupes pour mener une expédition en Mer Rouge et s’emparer définitivement d’Ormuz : 23 navires de guerre et 1600 soldats, ainsi que des auxiliaires Malabaris et des esclaves-soldats. L’escadre se met en route et mi-Février est ancrée à Onor où le Corsaire et allié des Portugais Timoji s’entretient avec Albuquerque. Timoji explique qu’à Goa, les survivants de la défaite de Diu en 1509 ont commencé à se réunir et à reconstituer une flotte de guerre. De plus, le Sultan de Bijapur vient de mourir et son successeur l’Adil Shah Ismail est encore mal assuré de son pouvoir, alors que Bijapur est en pleine guerre contre le Vijayanagar. Enfin, Bijapur n’a conquis Goa qu’en 1496, détruisant l’ancienne cité Hindoue, et la population autochtone supporte mal le joug musulman. Albuquerque parvient à convaincre ses capitaines de changer d’objectif : c’est Goa qui va être conquise !
Il faut dire que Goa est un objectif fort intéressant : c’est le port où le Sultanat de Bijapur réceptionne les chevaux de la péninsule Arabique ! De plus, ce serait la première cité indienne où les Portugais exerceraient seuls le pouvoir, ce qui en ferait la vraie capitale de l’Estado Da India et lui assurerait ainsi une réelle indépendance. Mais, et ce n’est pas un détail, Goa ne fait nullement partie des objectifs désignés par le Roi (Aden, Ormuz & Malacca) !
Mais la conquête de Goa va se révéler bien plus longue et difficile que prévue, jugez plutôt …
Goa se situe sur la côte méridionale et occidentale de l’Inde, à la frontière entre le Sultanat Musulman de Bijapur et les états Hindous du Kerala. C’est une cité fortifiée bien que ses remparts soient décrits par les Portugais comme « bas et fragiles ». Bâtie sur la rive Nord-Est de l’île de Tiswari, île séparée du continent au Nord par le fleuve Mandovi et au Sud par le fleuve Zuari, fleuves qui se rejoignent à l’Est pour achever d’isoler complètement l’île du continent. Plusieurs gués et bacs relient l’île au continent et sont autant de points clés pour le contrôle militaire et économique (ce sont autant de péages) de Goa. Le principal gué se situe sur la rive Est de l’île, au Sud-Est de Goa, c’est le Pas de Banastri. Goa elle-même est située bien à l’intérieur de l’estuaire du Mandovi, et offre un abri sûr aux navires pour s’abriter de la mousson. Elle possède un chantier naval protégé par une redoute garnie d’artillerie couvrant le fleuve. L’entrée de l’estuaire du Mandovi est couverte par la forteresse de Panaji, et entre Panaji et Goa se tient un village appelé Ribandar. Panaji est à priori une petite forteresse en pierre, couvertes aux alentours par des fortifications (bois et levées de terre) garnies d’artillerie. Le Pas de Banastri est fortifié d’une tour en pierre et de ces mêmes fortifications en bois et levées de terre garnies d’artillerie.
Dans un premier temps, les navires Portugais ne peuvent s’aventurer dans un estuaire qu’ils ne connaissent pas, au risque de s’échouer sur des bancs de sable ou des hauts-fonds. Grâce aux navires légers de Timoji, les hommes du corsaire et une troupe de soldats Portugais vont prendre d’assaut la forteresse de Panaji, se faufilant sous les tirs réglés trop hauts de l’artillerie ennemie : la garnison de 400 mercenaires Turcs est vite submergée, et la forteresse incendiée. Ce sont ces flammes qui vont tromper Albuquerque, et faire tomber entre ses mains Goa sans plus de combats : persuadés que ces lueurs d’incendie proviennent de la cité, sûrement déjà prise d’assaut par ses troupes, la flotte Portugaise va s’avancer dans l’estuaire. A la hauteur de Ribandar, des émissaires de Goa s’avancent dans une barque : le gouverneur militaire a fui, la garnison est faible et désemparée. Albuquerque, à la condition que les Goatis livrent les « Rumes » (Mamelouks), promet la liberté de culte et des taxes peu élevées. Le 17 Février 1510, la flotte mouille devant la porte fluviale de Goa, les autorités remettent les clés de la cité à Albuquerque : Goa est portugaise !
Goa est portugaise ! Albuquerque découvre le Palais de l’Adil Shâh, son harem, ses portiques, ses terrasses, ses jardins ! Les toits de la cité font alterner de blanches coupoles, des minarets, des toitures de palmes aux tons brunâtres et les arbres de grands jardins. Dans les écuries on trouve des chevaux et des éléphants de guerre. Les campagnes alentours sont riches en cultures vivrières, en troupeaux de buffles, vaches et porcs. Dans les bois de cocotiers on trouve quantité de lièvres et de perdrix, les fleuves sont poissonneux. La population Hindoue, menée par ses Brahmanes, se rallie bien volontiers aux Portugais.
Albuquerque convainc ses capitaines de rester à Goa le temps de la mousson, ce qui permettra de remettre en état et améliorer les fortifications de Goa et d’organiser l’administration portugaise. Seuls renâclent les capitaines des navires marchands qu’Albuquerque a réquisitionnés. Les murailles sont remises en état, les gués fortifiés et garnis d’artillerie, les hommes de Timoji occupent des positions sur le continent. Dans le chantier naval, les Portugais avaient trouvé une grande caraque Mamelouke en construction : elle est terminée et mise à l’eau sous pavillon Portugais.
Précautions et préparations fort appropriées, car l’Adil Shâh n’a pas renoncé à Goa, et ayant signé une trêve avec le Vijanayagar, envoie une armée de 40 000 hommes, pour la plupart mercenaires turcs, perses et mamelouks, sous le commandement du général Turc Pulad Khân, reprendre la cité !
La mousson s’annonce : les vents soufflent en tempête, la chaleur et l’humidité terribles, les navires Portugais ne peuvent plus prendre la haute mer et Albuquerque et ses hommes sont piégés à Goa.
L’attitude des Portugais se raidit, et plusieurs incidents dressent les communautés musulmanes et hindoues contre eux : la colère gronde.
Les choses vont aller de mal en pis …
Les hommes de Timoji sont chassés du continent. L’ennemi est infiniment supérieur en nombre et le 11 Mai 1510 le Pas de Banastri cède. Les Portugais doivent abandonner les gués fortifiés et se replier sur Goa, tandis que Palud Khân fait passer son armée sur Tiswari, établit son camp sur les rives du Zuari, fait réoccuper la forteresse de Panaji. Ses troupes s’infiltrent dans les faubourgs de Goa où les musulmans se soulèvent en leur faveur. Les Portugais tentent bien des sorties mais l’ennemi est partout, et les pertes sont lourdes…
L’ennemi finit par ouvrir des brèches dans les murailles : les Portugais doivent évacuer la cité le 31 Mai 1510 et rejoignent leurs navires ancrés sur le fleuve. Albuquerque ne dispose plus que de 500 hommes valides.
Les Portugais ont 2 solutions : soient ils tentent de braver la mousson au risque de voir leurs navires sombrer corps et biens, soient ils tentent de subsister tant bien que mal sur leurs navires ancrés sur le fleuve jusqu’à ce que la mousson terminée ils puissent mettre les voiles, se voir renforcer par la prochaine Armada et ainsi contre-attaquer. Les capitaines des navires marchands souhaitent tenter leur chance contre la mousson, les capitaines des navires de guerre veulent sauver leurs hommes et leurs navires et préfèrent rester. Albuquerque tranchent : ils restent tous !
Commencent alors 3 mois terribles d’un siège « aquatique », et c’est bien là l’épisode le plus étonnant voire hallucinant (dans le sens premier du terme) de cette aventure.
Les navires Portugais sont ancrés au milieu du Mandovi. Sur les rives, l’ennemi a installé des batteries d’artillerie qui bombardent régulièrement la flotte. La pluie des moussons est quasi continuelle. Les hommes ne peuvent stationner sur les ponts du fait de la pluie et des tirs ennemis et vivent dans les entrailles des navires, dans la moiteur et la noirceur. Les vivres pourrissent et viennent à manquer (heureusement on ne manque pas d’eau de pluie). Les hommes peuvent tenter, la nuit tombée, de pêcher depuis les ponts ou les sabords mais c’est à leurs risques et périls. La nuit justement, parfois, l’ennemi se glisse silencieusement dans des barques et tente d’aborder les navires, les combats font rage et il est repoussé. Les blessés et les malades s’entassent et ne peuvent être soignés correctement. Des rixes éclatent, certains capitaines maudissent l’obstination d’Albuquerque, des hommes préfèrent déserter et passer à l’ennemi, se faisant musulmans, pour échapper à une mort qui parait certaine…
Un renégat nommé Joao Machado, déserteur de l’escadre de Cabral en 1500, vient régulièrement renseigner les Portugais sur les intentions de l’ennemi : il apprend à Albuquerque que des brûlots sont préparés. La menace est telle qu’une « sortie » est lancée sur la forteresse de Panaji. 300 hommes prennent place dans les embarcations légères de Timoji et assaillent Panaji. Le camp ennemi est pillé, des canons et des stocks de nourriture ramenés. C’est un succès qui ranime le courage des Portugais et démoralise l’ennemi. Par la suite, les Portugais lanceront plusieurs attaques avec leurs petits navires contre la flotte ennemie toujours menaçante qui ne saura se défendre et finira par être détruite…
Mais ces succès ne suffiront pas à faire pencher la balance en leur faveur.
Les Portugais ne sont pas les seuls piégés dans leurs navires : les ont suivies, contraintes et forcées, les femmes du harem de l’Adil Shâh, accompagnées de leurs eunuques. Albuquerque a l’intention de les convertir et de les marier à ses meilleurs éléments. Elles sont parquées à l’avant de la Capitane (Navire Amiral) La Flor Da Mar, et certains Fidalgos malgré les interdictions ont pris nuitamment l’habitude de discrètement les rejoindre, et les dames acceptent volontiers leurs « hommages ». Avertis par les eunuques, Albuquerque fait poster des sentinelles et, une nuit, un visiteur est capturé : Rui Dias De Alenquer. Impitoyable, Albuquerque le condamne à mort par pendaison : la mutinerie éclate, les capitaines exigent qu’au moins ce gentilhomme soit décapité par une épée et non pendu aux vergues comme un vulgaire marin. Albuquerque fait jeter aux fers les meneurs, et Rui Dias est pendu. Les Maures sur les rives exultent ! Puis au cours d’une sortie contre la flotte ennemie, le neveu d’Albuquerque, un jeune Fidalgo de 24 ans – Dom Antonio Da Noronha – est tué. C’est un choc terrible pour Albuquerque mais aussi pour les Fidalgos, Dom Antonio était celui qui avait conduit les troupes ayant capturé la forteresse de Panaji quelques mois plus tôt, c’était un soldat prometteur et apprécié de tous.
C’en est trop même pour Albuquerque qui, le cœur lourd, donne l’ordre d’abandonner Goa. A partir de la mi-Juillet, la mousson s’estompant, les navires gagnent un à un la haute mer, non sans essuyer quelques canonnades ennemies. Le navire d’Albuquerque est le dernier à partir, le 16 Août 1510. Après 3 mois dans une atmosphère aquatique, pleine de sang, de sueur, de larmes et de feu, les Portugais rafistolent leurs navires à Anjedive et reprennent des forces.

Byblos


Goa : interlude
Pendant plusieurs semaines, à Cannanore et à Cochin, Albuquerque, tout en menant les affaires courantes, va déployer une activité diplomatique conséquente et préparer son retour à Goa, mais discrètement, en faisant mine d’avoir pour objectif Ormuz et la Mer Rouge.
Une nouvelle Armada est arrivée, commandée par Diogo Mendes De Vasconcelos : ses ordres, tenus du Roi lui-même, sont de s’emparer de Malacca, source des précieuses épices, en Insulinde. Mais Albuquerque va réussir à lui imposer de joindre bon gré mal gré ses navires à ses prochaines expéditions, arguant de la menace d’une nouvelle flotte Mamelouke. Menace qui se précise puisque même le Sultan Mahmud de Gujarat et son vassal Malik Ayyaz de Diu proposent aux Portugais une alliance défensive, craignant de nouveaux désordres et de nouvelles violences. Albuquerque ne ferme pas la porte à des négociations, qu’il fera sciemment traîner en longueur.
Puis Albuquerque va s’efforcer de rallier ses capitaines à l’idée d’un retour offensif à Goa (Rappelez vous que Goa ne fait pas partie des objectifs officiellement désignés par le Roi Manuel !). Si tous s’accordent sur le fait qu’une nouvelle flotte Mamelouke est une réelle menace et qu’il convient de la détruire, les capitaines des navires marchands réquisitionnés par Albuquerque, ayant déjà perdu plusieurs mois piégés à Goa, renâclent. Albuquerque va laisser ces navires marchands remplir leurs cales et rentrer au Portugal, l’escadre de Vasconcelos suffisant à considérablement renforcer ses forces.

Byblos


Goa : 25 Novembre 1510
Goa fut prise cette fois ci en quelques heures. Albuquerque avait mis les bouchées doubles : une trentaine de navires portugais – Caraques, caravelles, galères et brigantins, sans compter quelques petits navires de guerre Malabaris, le tout montés par 1200 hommes – mais s’était surtout assuré (une nouvelle fois) des services de Timoji (Qui venait avec 60 petits navires de guerre et 4000 hommes) et du beau-père de celui-ci, le Roi Gersoppa, qui envoya 15 000 hommes attaquer Goa par le continent. La guerre contre le Vijayanagar ayant repris, l’Adil Shâh n’a laissé qu’une garnison de 9000 hommes, pour la plupart mercenaires Tucs ou Perses, et renégats. Submergés par le nombre et la férocité de l’attaque, les soldats ennemis fuient bientôt, massacrés aux gués par les paysans indiens venus exercer leur vengeance. Dans la cité, les Portugais massacrent la communauté musulmane, hommes, femmes et enfants, peut-être 6000 victimes. Seules seront épargnées 500 des plus belles femmes, qui seront baptisées et mariées à des Portugais, les Casados, qui prennent femme et s’installent à Goa.
Goa est désormais Portugaise, première grande cité à tomber en leur pouvoir, elle devient aussitôt la capitale de l’Estado Da India, les murailles remises en état, une garnison de 400 hommes installée. Des navires de guerre patrouillent sur la route d’Ormuz et détournent vers la cité les navires transportant les chevaux de la péninsule arabique, commerce que les Portugais reprennent à leur profit. Le gouverneur de Diu – le fameux Malik Ayyaz – félicite Albuquerque pour sa victoire ! La cité est tombée le 25 Novembre, jour de la Sainte Catherine, et Albuquerque fait aussitôt consacrer une église du nom de la Sainte. Goa sera portugaise durant 451 années …

Byblos


Malacca 1511
Les Chinois l’appelle « l’œil-Soleil », les Portugais disent qu’elle est « l’essieu autour duquel tout tourne » : Malacca, grande cité portuaire et marchande, entrepôt- source des épices de l’Insulinde, voit se côtoyer en son sein Bengalis, Gujaratis, Persans, Chinois, Arabes et bien d’autres encor. Mais le pouvoir politique est faible, les moyens de défense limités et archaïques.
C’est le prochain objectif d’Albuquerque, objectif désigné cette fois-ci officiellement par le Roi Manuel. Un an après la prise de Goa, le 20 Avril 1511, Albuquerque cingle vers Malacca avec 18 navires, 800 soldats Portugais et 200 auxiliaires Malabaris, brûlant la politesse à Diogo Mendes De Vasconcelos qui avait été désigné par le Roi pour cette conquête.
L’escadre s’ancre à Malacca le 28 juin 1511, et les négociations commencent : le Sultan serait disposé à composer, mais son fils et son gendre veulent résister, aidés par les marchands Gujaratis. Leurs rivaux les marchands Chinois et du Coromandel soutiennent les Portugais (400 chinois insisteront pour combattre à leurs côtés!). Les négociations trainant en longueur, les Portugais débarquent et mettent le feu aux entrepôts sur les berges, feu qui s’étend continuellement et fait des ravages, et fait bombarder la cité. Le 25 juillet, jour de la Saint Jacques, l’assaut est donné : les Malaccans résistent comme des beaux diables ! Artillerie, éléphants, barrages de troncs d’arbres, pots à feux : les pertes sont lourdes, une trêve est décrétée. Albuquerque exige de pouvoir édifier un fort, le Sultan refuse, le 11 Août 1511 Albuquerque fait débarquer ses troupes qui entreprennent la construction du fort sur le site de la Grande Mosquée qui a été incendiée. On apprend bientôt que le Sultan et ses fidèles ont quitté la cité et se sont réfugiés dans les jungles de l’arrière-pays. Malacca est prise : le butin pris dans le palais abandonné sera énorme.
Peu à peu, les marchands reviennent et le commerce redémarre : Albuquerque ne change rien aux coutumes anciennes, qui veulent que les marchands s’occupent de leurs affaires librement tant qu’ils paient taxes et impôts. Les marchands Gujarati ont tout fait pour mettre des bâtons dans ses roues (ils ont déjà perdu Goa !) mais leur présence est tellement essentielle dans les réseaux commerciaux (Geneviève Bouchon parle d’une thalassocratie Gujarati) qu’Albuquerque décide de composer avec eux. Les Musulmans de Malacca sont de mœurs très libres, et Albuquerque décide là aussi de leur laisser une grande liberté, y compris de culte. Les entrepôts sont rapidement reconstruits, les Portugais battent monnaie …
A la vue de ses navires vermoulus, de ses hommes épuisés, de ce fort qui s’édifiait péniblement en récupérant les pierres dans les ruines fumantes, Albuquerque savait que le Sultan de Malacca préparait déjà sa revanche, et qu’il ne pourrait résister à une contre-attaque bien préparée (Souvenez vous de Goa !), et il sut agir intelligemment. S’associant aux marchands qui lui étaient favorables (Ceux du Coromandel, les Hindous, les Bouddhistes), il s’immisça dans les réseaux commerciaux de l’Insulinde plutôt que de tenter d’en prendre le contrôle, et exerçant une intense activité diplomatique, la souveraineté des Portugais sur Malacca fut bientôt reconnues par de nombreux souverains : Pegou, Majopahit, Menancabo, et bien d’autres. Le Sultan de Malacca ne reprendra pas sa cité …
Albuquerque séjourna à Malacca 5 mois, puis il reprit la mer, en laissant derrière lui 300 hommes en garnison et une escadre de 10 navires.
Sur le chemin du retour, la vieille capitane – La « Flor Do Mar » - sombre après 9 années de service : Albuquerque survit, mais malades et blessés sont engloutis, ainsi que la majeure partie du butin …

Byblos


Cochin, Goa, Mer Rouge, Calicut
De retour à Cochin, Albuquerque y trouve une coterie formée de tous ses ennemis, qui envoient lettres sur lettres au Portugal pour se plaindre au Roi : sa réputation s’en trouve ternie et il écrira lui aussi de longues lettres au Roi pour expliquer ses actions.
A Goa un soulèvement a eu lieu et des partisans de l’Adil Shâh, menés par Rasul Khan, se sont emparés et tiennent la citadelle mais la mousson et le manque d’effectifs diffèrent la réaction d’Albuquerque. Ce n’est que le 10 Septembre 1512 qu’Albuquerque cingle vers Goa avec 14 navires et 1700 soldats. Après un court siège Rasul Khan se rend et les rebelles sont durement châtiés : Goa ne se soulèvera plus …
L’année 1513 est occupée par un raid en Mer Rouge, des tentatives contre Aden et Djeddah qui se soldent par des échecs …
Le Samorin de Calicut n’est désormais plus en mesure de s’opposer aux Portugais, dont les positions se sont considérablement affermies sur les côtes du Malabar, contrôlant maintenant le plus gros du commerce : il est assassiné sur l’instigation d’Albuquerque, son successeur est bien obligé de signer la paix (la guerre durait depuis 1512). Les Portugais y construisent un fort, peuvent acheter poivre et gingembre à prix négociés, et reçoivent chaque année un tribut.
[justify]Durant l’année 1514, résidant à Goa, Albuquerque va se consacrer à la diplomatie, et par exemple obtenir que les Portugais puissent bâtir un fort à Diu. Il reçoit en cadeau un rhinocéros de la part du Sultan du Gujarat, et l’envoie au Portugal : le Roi Manuel l’enverra en cadeau au Pape Léon X. L’animal sera croqué à l’encre sur bois par le célèbre artiste allemand Albrecht Dürer en 1515.

Byblos


Ormuz, la dernière campagne, 1515
Le Roi Manuel voulait Malacca, Albuquerque l’avait conquise. Il avait ajouté Goa à l’escarcelle du Portugal. Restait Ormuz. C’est chose faite en Mars 1515. Albuquerque apprend qu’un jeune roi est monté sur le trône mais sous la coupe d’un Vizir Persan nommé Reis Hamed. Au cours d’une entrevue, Albuquerque n’hésite pas à faire assassiner ce Vizir en présence du jeune roi qui se soumet aussitôt : sans qu’il soit tiré un coup de canon, cette fois, Ormuz rejoint la vassalité Couronne Portugaise.
En Septembre 1515, Albuquerque tombe malade. En Décembre, il embarque pour son dernier voyage, vers Goa.
Albuquerque, par son autoritarisme et sa sévérité, s’est fait de nombreux ennemis tout au long de son séjour en Inde. Ses succès font des jaloux. Il est vrai que la charge de Vice-roi est censée durer 3 ans, et que cela fait 6 années qu’il occupe maintenant ce poste. Les coteries adverses, en Inde et à la cour du Portugal, finissent par triompher : sur le chemin vers Goa, il apprend que du Portugal arrive un nouveau Vice-roi pour le remplacer, qui plus est un de ses ennemis personnels : Lopo Soares De Albergaria, Capitao-Mor de l’Armada de 1504.
La mort
Sentant sa fin arriver, il préside un dernier conseil de ses capitaines, écrit une dernière lettre au Roi confiant à ses bons soins son seul fils.
Il rend son dernier soupir le 16 Décembre 1515, sur son navire ancré en rade de Goa.
« Il doit y avoir la guerre au Ciel pour que Dieu y ait rappelé le Capitao-Mor ! »
L’œuvre d’Albuquerque est décisive : l’Estado Da India est désormais solidement établi, et il a une capitale : Goa.

Byblos


La Bibliographie

D'abord les sources : (je ne propose évidemment que les ouvrages que je possède, mais en règle générale, ce sont les plus accessibles/importants) vous trouverez essentiellement le récit des 2 voyages de Vasco De Gama (en français) et les "Commentaires" d'Afonso De Albuquerque.

Dans les 2 cas ce sont des éditions "InPrint" c'est à dire des fac-similé d'ouvrages anciens. Ils sont plutôt de bonne qualité. Ceux traitant des voyages de Gama sont peu chers (Moins de 10 euros pièces). En ce qui concerne les "Commentaires" , les volumes 2 & 4 sont facilement trouvables et pas chers, le volume 3 est déjà plus rare, le volume 1 est rare et assez coûteux. Mais ces 2 sources sont irremplaçables et très intéressantes. Notez que les récits de Gama sont courts, les "Commentaires" représentent sur les 4 volumes un petit millier de pages et en anglais.








"Henri le Navigateur" permet de bien connaitre les explorations des côtes d'Afrique au XVeS. "Les navigateurs de l'Empire Céleste" est un des rares si ce n'est le seul ouvrage en français traitant des voyages de l'amiral Chinois Zeng-He. Entre 1405 et 1433, les Chinois effectuèrent des tournées jusqu'en Inde pour faire du commerce et lever des tributs pour les Ming. Avec le développement de Malacca, ces voyages ne furent plus nécessaires mais à l'arrivée des Portugais, on parlait encore des Chinois, certains prirent même les Portugais pour des Chinois !

"Inde découverte, Inde retrouvée"
est un recueil très intéressant de divers articles parus dans des revues spécialisées. Je considère que c'est l'un des ouvrages les + intéressants !

"Medieval Goa" est le seul ouvrage à ma connaissance traitant spécifiquement de Goa sous le pouvoir Portugais (en Anglais).

Geneviève Bouchon et Sanjay Subrahmanyam sont les 2 grands spécialistes actuelles des études Indo-Lusitaniennes ! La première adopte pour ses biographies un style trés lyrique, le second a plutôt un style trés informatif. En gros Me Bouchon c'est Marguerite Yourcenar, et Sanjay Subrahmanyam c'est Marguerite Duras si vous voyez ce que je veux dire Razz Le style de Me Bouchon ne convient pas à mon goût à sa biographie de Vasco de Gama, par contre pour l'épopée d'Albuquerque ce style est parfait ! Si vous ne devez lire qu'un livre sur le sujet, lisez son "Albuquerque" c'est un chef d’œuvre ! Les livres de Sanjay Subrahmanyam sont fort utiles , surtout celui qui englobe tout l'Empire Portugais des Indes sur ses 2 premiers siècles d'existence. Enfin , le "Mamale de Cannanor" de Me Bouchon est fort intéressant car il offre un point de vue équilibré entre Portugais et Indiens (de Cannanore pour le coup).

Dans tous les cas avec ces ouvrages, vous aurez une vision plus précise et complète d'un sujet très touffu !

Byblos


L’Art de la Guerre – Les Portugais en Inde C. 1500
Préambule :
Rappelons d’abord une donnée essentielle : le Portugal est un petit royaume de moins d’un million d’habitants en 1500. L’Inde est à des mois de navigation. Les Portugais n’ont donc pas les moyens de réaliser des conquêtes territoriales substantielles car ils ne pourraient acheminer et entretenir suffisamment de troupes pour ce faire. L’objectif des Portugais en Inde est de confisquer à leur profit le commerce maritime, aussi ne s’empareront-ils directement ou indirectement (par le biais d’accords, de factoreries, de forts) que des cités portuaires et marchandes principales qui jalonnent ces routes de commerce. L’élément nodal des forces armées Portugaises en Inde est donc le navire de guerre (Et au niveau défensif : le fort) …
Le contexte géographique et climatique :
2 éléments sont à retenir : au niveau climatique l’importance du régime de la mousson, et au niveau géographique, le fait que le Kerala (principale zone d’implantation Portugaise) est une région côtière très fragmentée (du fait des nombreux fleuves et rivières se jetant dans l’Océan Indien sur son territoire) et isolée du sous-continent par la chaîne des Ghâts Occidentales.
Le climat et ses conséquences :
La mousson ferme la navigation océanique et le cabotage de port à port de Février à Juillet. Les conditions climatiques sont telles que la guerre aussi bien sur terre que sur mer devient impossible : durant cette période, les garnisons et flottes Portugaises sont isolées et livrées à elle-même.
En règle générale dans le Kerala les précipitations sont très abondantes, et le climat chaud (30° en moyenne) et humide : les organismes s’épuisent vite, les maladies et les blessures se soignent mal.
Tout ces paramètres font que les Portugais auront toujours grand mal à maintenir et à reconstituer des effectifs déjà peu importants au départ : les Portugais combattront systématiquement en infériorité numérique, souvent très importante ! (Sanjay Subrahmanyam estime que durant les premières années de la présence Portugaise en Inde, les effectifs totaux présents au même moment ne dépasseront jamais les 4000 hommes !!!).
Les Portugais compléteront donc leurs effectifs par des navires et troupes locales alliées, avec en plus l’avantage de bénéficier ainsi d’une meilleure connaissance du terrain grâce aux autochtones (Leur principal allié sera le fameux Corsaires Timoji).
Le terrain et ses conséquences :
Estuaires, lagunes, marécages (Aujourd’hui le Kerala est réputé pour ses « BackWaters »), voici les types de terrain que les Portugais trouveront le plus souvent autour des cités portuaires dans lesquelles ils s’installeront.
Leurs navires les plus importants – les caraques – ne pourront que rarement s’aventurer dans ces zones à la fois maritimes et terrestres. Leurs adversaires disposeront souvent d’importantes flottes de petites embarcations à voiles et / ou à rames, notamment ce que les Portugais nomment des Paraos, l’équivalent de nos Fustes, petites galées à 20 à 40 rameurs, équipées d’artillerie légère, que les Portugais mettront rapidement en œuvre ou qui seront mises en œuvre par leurs alliés.
La guerre navale :
Le navire de guerre est, de loin, l’élément le plus important, en fait vital, de la stratégie militaire Portugaise en Inde, ne serais ce que parce que c’est dans ces navires que les Portugais se rendent en Inde, parce que c’est à bord de ces navires qu’ils vont et viennent entre les différents ports alliés ou en leur possession, et que c’est souvent dans ces navires qu’ils passent le plus clair de leur temps !
Les navires de guerre sont utilisés pour bombarder les cités portuaires ennemies et les affaiblir, bombardement éventuellement suivi d’un débarquement de troupes pour occuper ou piller / incendier la cité.
Les caraques sont avant tout destinées à rentrer au Portugal les cales chargées d’épices, et ne seront engagées au combat qu’en cas de nécessité, apportant à ce moment là une puissance de feu supérieure aux caravelles et des équipes d’abordages plus importantes. C’est parmi les plus grosses caraques que les Capitaines-Majeurs se choisissent une Capitane, navire amiral.
Les caravelles plus légères et véloces sont utilisées pour les patrouilles maritimes et la chasse aux Pirates, nombreux dans la région, tandis que les caraques en dehors de leur rôle d’appui-feu chargent les épices et autres marchandises.
Les Portugais ne dédaignent pas d’utiliser leurs caravelles pour se livrer eux-mêmes à la piraterie contre les navires marchands de la péninsule Arabique ou de Calicut !
Rapidement, les Portugais auront recours à des embarcations plus légères de celles utilisées par les autochtones pour pouvoir combattre plus efficacement dans les zones humides, et/ou recourront aux services de leurs alliés locaux. Ils construiront aussi localement fustes et brigantins.
La guerre terrestre :
La guerre terrestre sera mené avec pour objectif le contrôle direct ou indirect (par le biais de la construction d’un fort et du maintien d’une garnison) de cités portuaires.
De fait la guerre sur terre sera essentiellement une guerre de siège, les Portugais assiégeant une cité portuaire ou étant assiégé dans une cité portuaire !
Les navires de guerre seront fort utiles dans un rôle d’appui-feu de leur artillerie pour l’attaque ou la défense de ces cités. Une partie de leur artillerie pourra être débarquée, et de l’artillerie sera amenée du Portugal pour l’attaque ou pour garnir les défenses terrestres.
En dehors des périodes de crise, les Portugais prendront même l’habitude d’enterrer certaines de leurs pièces d’artillerie pour les protéger du climat et de la vue des espions ennemis, et les déterreront lors des combats (c’est le cas lors du siège de Cannanore en 1507).
Le rôle de l’artillerie sera tellement primordial que les chroniqueurs Portugais font grand cas de la perte de pièces d’artillerie aux mains de l’ennemi, ou au contraire de la capture de l’artillerie ennemie (C’est particulièrement vrai lors de la conquête de Goa).
Par contre peu ou pas de cavalerie, les chevaux ne supportant pas le voyage depuis le Portugal et de toutes les façons s’acclimatant très mal en Inde : les quelques chevaux dont disposeront les Portugais seront capturés à l’ennemi ou achetés sur place. La guerre dans le Kerala est surtout une guerre d’infanterie et d’artillerie !
La supériorité technologique et technique Portugaise, clés de la victoire :
Le principal – et décisif ! - avantage des Portugais sur leurs adversaires Musulmans et Hindous en Inde est leur supériorité technologique et technique !
Technologique au vu de la qualité de leur armement, et technique au vu de la qualité de leur mise en œuvre !
Les navires d’abord :
Les Portugais disposent principalement de 2 types de navires, destinés à la navigation océanique : la caraque et la caravelle.
Ces 2 types de navires sont des navires dits « ronds » (ventrus), à hauts plats-bords, avec de véritables « châteaux » à la poupe et à la proue.
La caraque est équipée de voiles surtout carrées, a de vastes cales, et emporte un grand nombre de pièces d’artilleries lourdes et légères. L’équipage est important en effectifs. Elle est lourde, pesante, manœuvre mal mais est très robuste et puissamment armée. Son rôle est surtout de ramener des épices au Portugal, mais elle sera régulièrement utilisée aussi pour la guerre.
(Une caraque , vers 1540)
(La Santa Maria de Christophe Colomb était une petite caraque)
La caravelle est plus petite et légère que la caraque. Son tirant d’eau peu important lui permet la navigation côtière, d’emprunter les estuaires et de s’aventurer en cas de nécessité sur les fleuves et lagunes. Ses voiles latines lui permettent de remonter au vent. Elle emporte de l’artillerie légère. L’équipage est réduit. Elle est moins puissante que la caraque mais rapide et manœuvrière : c’est le navire idéal pour la reconnaissance, les patrouilles, la chasse aux pirates ou … la piraterie !
Les Armadas Portugaises constituées à la fois de caraques et de caravelles sont des flottes versatiles et efficaces !
Les Musulmans et les Hindous n’ont que de petits navires marchands et/ou de guerre à opposer aux Portugais : les Sambuks arabes, les Paraos Hindoues sont de petits navires, bas sur l’eau, pourvues de quelque artillerie mais légère uniquement. Les équipages sont réduits.
(Un sambuk arabe)
Monter à l’abordage des hauts navires Portugais est une tâche difficile voire impossible pour les équipages des navires Indiens ! A l’inverse, l’abordage est facilité pour les Portugais.
Et pourtant l’artillerie Indienne n’a pas la puissance et la portée suffisante pour menacer les navires Portugais, alors qu’à longue et moyenne portée l’artillerie Portugaise fait des ravages, donc paradoxalement la meilleure chance des Indiens est d’arriver le plus prés possible et le plus vite possible des navires Portugais !
(Je dis Indiens pour désigner indifféremment les Hindous et les Musulmans)
Pour ce faire, ils attaqueront de préférence les flottes Portugaises à l’ancre, de nuit, et se dissimuleront le plus possibles sous les frondaisons des arbres des lagunes, estuaires et marécages pour couvrir leur approche. Au minimum, ils essayeront systématiquement d’attaquer les navires Portugais au port.
Bien sûr, là où les Portugais aligneront rarement plus d’une quinzaine de navires, parfois beaucoup moins, les Indiens assembleront souvent des flottes de plusieurs dizaines, voire parfois prés de 200 petits navires de guerre, et compteront sur leur nombre pour submerger les Portugais.
Mais l’équation se révèlera rapidement impossible à résoudre pour les Indiens, qui ne disposent que de peu voire pas du tout d’armes à feu individuelles, mais surtout d’arcs, de javelots et de pots à feu : arrivés à portée de tir, ils seront foudroyés par les « espingardes » (arquebuses) Portugaises, qui utilisent aussi encore l’arbalète. Et en plus du haut de leurs « châteaux » les Portugais ont l’avantage de la position de tir !
J’ai aussi parlé de supériorité technique, car les Portugais sont bien plus aguerris et entrainés que les Indiens au maniement des armes à feu (Artillerie ou arquebuse) et à la guerre en général, le Kerala et les côtes du Malabar connaissant peu d’affrontements armés en cette période de la fin du XVe et du début du XVIe siècle.
En fait, le seul moment où les Indiens pourront menacer les Portugais sur mer sera le moment où la flotte mamelouke, constituée de navires de guerre de type occidentaux (caraques et galéasses) et d’artillerie et artilleurs dignes de ce nom, interviendra dans l’océan Indien. Mais ces navires seront trop peu nombreux et leurs équipages trop peu aguerris pour faire pencher la balance en leur faveur, et la menace sera en fin de compte neutralisée par les Portugais. En 1517, les Turcs Ottomans absorberont le Sultanat Mamelouk mais n’interviendront que bien plus tard dans l’océan Indien, et trop peu …

Venise (rivale des Portugais) enverra bien des artilleurs et fondeurs de canons à Calicut pour aider le Samorin à améliorer son artillerie, mais cela ne suffira pas à renverser la situation ...
Bref, sur mer, la supériorité des Portugais est totale, et à partir du moment où leurs objectifs se limitent aux zones côtières, cette avantage sur mer se révèle absolument décisif !
Ils auront certes plus de difficulté sur terre où les Indiens disposent parfois d’une artillerie plus nombreuse et conséquente (bombardes), d’effectifs très supérieurs, et de mercenaires (Perses, Turcs, Renégats) plus aguerris. Mais une fois établis dans leurs forts, la supériorité de leurs armes à feu, de leur artillerie et de leur entrainement leur permettent de repousser les vagues d’assaut d’un ennemi souvent très supérieur en nombre (de 4 à 20 fois plus nombreux). Ajoutons que dominant les mers, leurs navires assurent souvent aux Portugais un précieux appui-feu en bombardant l’ennemi depuis le large, les combats terrestres se déroulant presque systématiquement sur les franges côtières !
(Le fort portugais établi à Calicut)
Un autre problème sur terre est la présence de communautés citadines musulmanes hostiles, susceptibles de se révolter aux moments importuns (c’est le cas après la première prise de Goa en 1510) : les Portugais n’hésiteront pas à chasser ou à massacrer les populations musulmanes hostiles.
Bref militairement, au prix certes d’efforts surhumains et de pertes importantes, les Portugais dominent leurs ennemis sur terre comme sur mer !
L’importance de la Diplomatie et du Renseignement :
Les Portugais vont, de plus, savoir fort bien utiliser la diplomatie et le renseignement !
Passé les premiers tâtonnements, lorsqu’ils auront compris qu’il n’y a pas de royaumes chrétiens en Inde et que les Musulmans sont nombreux et influents, les Portugais sauront jouer des Indiens les uns contre les autres !
Pour contrer Calicut, ils s’allieront à son rival Cochin. Au fur et à mesure de leurs victoires, leurs alliés seront de plus en plus nombreux. Les Indiens ont tôt fait de remarquer la supériorité militaire Portugaise et le parti qu’ils peuvent tirer de leur alliance : Cochin, ou Cannanore seront longtemps alliés aux Portugais, et de nombreux roitelets se rallieront à eux pour échapper à la suzeraineté des principaux royaumes du Kerala.
Timoji le Corsaire sera un allié précieux des Portugais en leur fournissant hommes et navires de guerre légers, ainsi que des renseignements sur leurs ennemis.
Car en parallèle, les Portugais vont développer un réseau de renseignement fort efficace, leurs informateurs leur en apprendront beaucoup sur les mouvements et la situation politique chez leurs ennemis, et répandront de nombreuses fausses rumeurs distillées par les Portugais qui permettront de tromper l’ennemi. Albuquerque sera particulièrement doué en ce domaine !
A la vie, à la mort !
Lorsqu’une armée ou une flotte autochtone est vaincue, elle a la possibilité de se replier sur ses terres et dans d’autres ports.
Lorsque les Portugais sont vaincus, la situation est toute autre : sur mer encore ils ont la possibilité de rejoindre un port allié, voire de rentrer au Portugal. Sur terre la situation est très différente s’ils ne peuvent rembarquer : les soldats Portugais n’ont alors nul lieu où se réfugier, et souvent se heurtent à des populations locales méfiantes voire hostiles !
Il faut tenir compte de ce paramètre : les Portugais n’ont que peu d’échappatoire en cas de défaite, et c’est aussi pour cela qu’ils se battront souvent avec un moral très élevé et une abnégation sans faille, parvenant à vaincre des armées locales bien supérieures en nombre, parce que pour eux c’est absolument une situation de vie ou de mort.

Patrice

avatar
Admin
Shocked

Alors bravo, ça c'est exotique et inhabituel.

Et donc, on va bientôt voir ici plein de photos de figurines et de décors sur ce thème ? Very Happy


_________________
« Il vaut mieux faire face à ce qui est derrière nous, que tourner le dos à ce qui est devant ! » (capitaine Huchehault)
http://www.argad-bzh.fr/argad/

Byblos


Salut !

Je me suis mis d'abord à faire qqs décors, je vous posterai les photos ...

Les figs : j'ai eu des ennuis avec une commande Foundry (plus de 2 mois d'attente Shocked Shocked , elle est arrivée la semaine dernière) et une commande Black Tree Design (Elle est arrivée - incomplète - cette semaine avec prés de 5 mois de retard Shocked Shocked Shocked Shocked Shocked ) : ces 2 commandes, surtout la BTD, contenaient des figs importantes pour le projet je vais pouvoir faire un point et ébavurer et socler (temporairement, pour la peinture, individuellement) les figs (j'aime avoir une vue d'ensemble) puis la peinture pourra commencer !

Je posterai au fur et à mesure ...

Eric de Gleievec

avatar
Hello !

En figurines 16ème je suis équipé... et en Indiens aussi, même si ce sont des "petits" Indiens (Oui, tu l'apprendras tôt ou tard, je suis un inconditionnel du "pur" 25 mm).

Quoiqu'il en soit, je trouve ce projet très motivant. Il faut vraiment entreprendre le percement de ce fameux tunnel entre Bretagne et "Hauts-de-France" (Beurkh !), dont tout le monde parle tant. Que nous puissions développer des projets concrets.


_________________
Si vis pacem, paranoïaque !

Quelques figurines "pas pour jouer".

Byblos


Salut Eric !

Ce projet n'en est qu'à ses débuts, mais c'est une de mes priorités ! Il devrait faire son chemin !

Il sort des sentiers battus, et nécessite pas mal de recherches ...

Et tes Indiens , ils sont de quelles marque !?

Eric de Gleievec

avatar
Alors, mes Indiens :

La plupart de ceux que j'ai sont plus anciens (période hellénistique), mais à voir l'illustration que tu as postée, je me dis qu'ils devraient encore passer plutôt bien.

En "Vrai" 28mm, j'ai des Essex (toute la gamme sauf les chars, mais je doute que cela ait encore été en usage à cette période) ; un peu de Warlord Games ; mais surtout, toute une tripotée de QT models (marque des années 70), vendus pour du 25mm mais qui font dans la réalité 28mm. Ceux-là semblent passer fort bien pour l'Inde médiévale voire renaissance. Je posterai des photos quand j'en aurai peint suffisamment.

Et sinon en "pur 25mm" : je tente de me procurer tout ce qui existe ; j'ai des Minifigs bien sûr, des Lammings, des Hinchliffe, des Irregular, et d'autres marques que je n'ai pas toutes identifiées.

Par contre pour le côté Portugais, mes figurines sont majoritairement du 28mm, plus récent (pas trop de Foundry quand même, on a sa fierté).



Dernière édition par Eric de Gleievec le Lun 19 Nov 2018 - 19:57, édité 1 fois


_________________
Si vis pacem, paranoïaque !

Quelques figurines "pas pour jouer".

Byblos


Des Essex, des QT, des HinchLiff , des Minifigs !?

Mais tu dois être vâchement vieux Shocked What a Face

Patrice

avatar
Admin
@Byblos a écrit:Des Essex, des QT, des HinchLiff , des Minifigs !?

Mais tu dois être vâchement vieux Shocked What a Face



Éric tu es démasqué !


_________________
« Il vaut mieux faire face à ce qui est derrière nous, que tourner le dos à ce qui est devant ! » (capitaine Huchehault)
http://www.argad-bzh.fr/argad/

Revenir en haut  Message [Page 1 sur 2]

Aller à la page : 1, 2  Suivant

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum